tabou

  • L’un des principaux tabous du monde du livre !

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    Un marteau-pilon en activité, au début du 20ème siècle
     

    Le pilon : les éditeurs ont un peu de mal à en parler ouvertement. Et pourtant, chaque année, une marée d’invendus se déverse par palettes entières dans les entrepôts des distributeurs. En principe, ces livres en provenance des libraires sont censés être en bon état – condition sine qua non pour le libraire d’obtenir la note de crédit -, et donc réintégrer les stocks. Mais est-ce bien nécessaire sachant que le stockage revient à près de 10,00 € le m² ?

     

    Personne n’apprécie le fait de devoir pilonner. Certainement pas l’éditeur qui reconnaît avoir surestimé les ventes de tel ou tel bouquin, et encore moins l’auteur qui voit ses droits d’auteur partir en fumée.

    Jean-Daniel Belfond, patron des éditions de l'Archipel, lui, a du mal à oublier: «C'était en 1998, raconte-t-il, on a misé à mort sur le roman d'un Américain, Michael Walsh, intitulé Retour à Casablanca. On l'a tiré à 53 000 exemplaires et effectué 3 500 ventes, soit 95% de retour! Tout a été détruit. On s'est promis de ne plus jamais publier un livre avec le mot ''retour'' dans le titre.»

    Autre exemple : Jean-Pierre Raffarin voit son livre, La France de Mai ( Grasset, 2003 ) livre de souvenirs passés chez Jacques Vabre ( le café ) se vendre à 2.000 exemplaires. Ridiculement bas pour un Premier Ministre en exercice. Quant à son prédécesseur, Lionel Jospin, il réalise tout de même 59.000 ventes en moins d’un mois… pour une mise en place de 150.000 livres et un tirage approchant les 200.000… Un flop ? L’éditeur ( Stock ) avoue avoir gagné de l’argent, mais pour un Premier Ministre ayant obtenu, entre autres, les honneurs du vingt heures en compagnie de Claire Chazal, c’est peu.

    La plupart du temps, les éditeurs conservent toujours quelques dizaines de livres qui échappent miraculeusement à la peine de mort. Mais cette grâce présidentielle n’est pas innocente, loin s’en faut. Elle permet à l’éditeur de ne pas devoir supprimer le livre de son catalogue et donc en restituer la propriété à son auteur. Le sentimentalisme n’a malheureusement plus cours.

    Eviter le pilon n’est pas toujours évident. Exemple : 10.000 exemplaires d’un livre sont mis en place. La presse répond favorablement et le bouquin se vend très bien. Les libraires ont tendance à surstocker et l’éditeur, en manque de stock, réimprime 10.000 exemplaires croyant au succès. Trois mois plus tard, les libraires en retournent 12.000 ! Effet pervers du système…

    Environ 100 millions d’ouvrages sont pilonnés chaque année. Les romans sont les plus nombreux. En queue de peloton, on retrouve les beaux livres et les BD… Consolez-vous, ces milliers de kilos de papier seront recyclés et réimprimés. Ainsi, au royaume du livre, la réincarnation existe-t-elle…