romans

  • Marie-Antoinette revisitée

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    « Charmer, s'égarer et mourir, ainsi Christine Orban résume la vie de Marie-Antoinette qui n'a pas su vivre mais saura mourir. Un double voyage dans lequel l'auteur s'embarque aux côtés de cette femme aimée puis abhorrée, gâtée et punie comme jamais. Victime des apparences, de la rumeur et du malentendu. Trois thèmes éternels et chers à l'auteur. Une vie comme une succession de romans : roman d'espionnage, roman de moeurs, roman historique, roman d'amour. Roman noir. Tragédie. Il y a la Marie-Antoinette abandonnée aux fantasmes de tout un peuple et celle qui se révélera seule par la prise de conscience. Christine Orban revient sur ses pas de son lever rythmé par l'étiquette à Versailles, au petit Trianon, dans cet étrange cabinet des glaces mouvantes... Elle passe en revue son lit, affaire d'État, son lit, affaire des médecins, mais aussi son lit affaire privée, ses mots effacés et retrouvés adressés à Fersen l'homme qu'elle aime, jusqu'au soulier perdu sur l'échafaud. Christine Orban semble écouter celle qui voulait vaincre comme une femme et non pas comme une reine. »

    Bien écrit, de façon originale, vulgarisée, ce roman accroche le lecteur, bien aidé il est vrai par la personnalité de Marie-Antoinette. 

     

    Charmer, s'égarer et mourir

    de Christine Orban

    Albin Michel, avril 2016

    ISBN 978-2-226-32583-9

    304 pages - 19,50 €

  • Le bigorneau fait la roue

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    « Marc est un jeune étudiant rêveur, paresseux et cultivé. Il est temps de devenir un homme et dresse son propre bilan de compétences : la seule chose qui le motive vraiment dans la vie, c’est le grand amour, et il lui faut bien reconnaître qu’en la matière, il est le pire des cancres.

    Il part se ressourcer dans sa famille, en Bretagne, auprès de ses parents et de sa grand-mère qui lui révèlent un grand secret : ce qui fait durer les couples, c’est l’incompréhension mutuelle !

    Il transforme alors cette conviction en plan de bataille et décide de tenter sa chance à l’international, auprès d’étrangères dont il est sûr qu’elles ne le comprendront pas.

    Marc va se lancer au fil des ans dans trois campagnes téméraires, en Italie, aux États-Unis et en Russie. Malheureusement pour lui, les femmes sont les plus clairvoyants des stratèges, et il lui faudra affronter des débâcles sanglantes avant de prétendre à une galante victoire. »

    Mis à part un titre peu porteur et une couverture assez moyenne, l'auteur m'a emporté dans sa quête effrénée. Je me suis d'autant plus facilement identifié à lui que le narrateur porte le même prénom que moi. Cela peut paraître idiot, certes, mais la science des prénoms fait des miracles.

    Roman léger qui nous berce par son humour, par sa dérision, par le décalage de cultures qui peut entraîner d'improbables catastrophes. C'est notamment le cas aux États-Unis, lorsqu'il soulage sa vessie contre un arbre. Sacrilège !

    Ce livre m'a accompagné pendant les vacances de printemps (de Pâques pour nous, Belges). Et je ne le regrette absolument pas, car je l'ai avalé en trois ou quatre jours. En ce laps de temps, grâce à la construction de ce récit truculent, j'ai donc voyagé en France (en Bretagne plus précisément... d'où "le bigorneau"), en Italie, aux États-Unis, et enfin en Russie.

    Hervé Pouzoullic nous délivre un premier roman on ne peut plus prometteur.

     

    Le bigorneau fait la roue

    d'Hervé Pouzoullic

    éditions Anne Carrière, mars 2016

    ISBN 978-2-8433-7811-9

    240 pages - 18,00 € 

     

     

  • Comment braquer une banque sans perdre son dentier

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    « Ils s'appellent Märtha, Stina, Anna-Greta, le Génie, le Râteau, ils chantent dans la même chorale et vivent dans la même maison de retraite. Nourriture insipide, traitement lamentable, restrictions constantes, pas étonnant que les résidents passent l'arme à gauche. Franchement, la vie ne serait pas pire en prison ! D'ailleurs, à Stockholm, elles ont plutôt bonne presse. Voilà l'idée ! Les cinq amis vont commettre un délit et faire en sorte d'être condamnés : en plus d'avoir la vie douce, ils pourraient redistribuer les bénéfices aux pauvres et aux vieux du pays.

    Un brin rebelles et idéalistes, un peu fous aussi, les cinq comparses se lancent dans le grand banditisme. Mais évidemment rien ne va se passer comme prévu. »

     

    Si le pitch en quatrième de couverture augure de bons moments, la lecture proprement dite s'encombre de lenteurs, de détails, de passages insipides. On avale les pages sans grande saveur. Oui, l'idée est plutôt sympa, mais on a du mal à y croire.

    Le dernier tiers du livre devient pesant. On s'y ennuie. Cela n'en finit pas. 

    En clair, je me suis fait piéger par un bon titre.

     

    Comment braquer une banque sans perdre son dentier

    de Catharina Ingelman-Sundberg

    Pocket n°16271, février 2015

    ISBN 978-2-266-25751-0

    480 pages - 8,00 €

  • Les ailes du désespoir

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    « David Serfaty, originaire de Casablanca, retrouve son amour de jeunesse à Paris. Alia est marocaine et musulmane. L'hostilité de leurs familles respectives les contraint à émigrer à New York.

    Tous deux travaillent à Wall Street lorsque, le 11 septembre 2001, Alia disparait dans une des tours jumelles. Découvrant qu'elle avait eu un enfant d'un viol, David s'occupe de retrouver la fillette mais, toujours aussi désespéré, il succombe à la tentation de venger Alia.

    Sous une nouvelle identité et armé d'une solide culture coranique, il se métamorphose en un musulman crédible qu'un imam extrémiste croit radicaliser. En parallèle, il offre ses services à la CIA. Envoyé à Londres, il infiltre un réseau de terroristes sous la férule d'un Algérien. Pris dans la spirale de la violence et de la haine, conscient de se trahir lui-même, David devient un homme animé par la volonté de nuire qui ne reculera devant rien pour arriver à ses fins. »

     

    Les ailes du désespoir

    de Roselyne Durand-Ruel

    Albin Michel, février 2016

    ISBN 978-2-2226-32285-2

    432 pages - 21,50 €

  • Le cas Sneijder

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    « Paul Sneijder est l’unique survivant d’un accident d’ascenseur. Sa fille y a perdu la vie. Depuis ce jour, sa perception de la réalité s’est affinée, comme si quelqu'un avait monté le son du vacarme du monde. Comment continuer à vivre, avec une épouse tyrannique qui ramène un poulet rôti les jours où elle voit son amant ? En changeant de métier : promener des chiens, voilà une activité attrayante. »

    Mis à part quelques bons mots, quelques dialogues croustillants et quelques comiques de situation, on finit bien vite par s'ennuyer dans ce roman.

    J'ai l'impression que l'auteur, en manque d'inspiration, a voulu en faire trop. En tout cas, j'ai abandonné vers la page 150, épuisé. Si le personnage principal souffre d'eczéma, moi, c'est de lassitude.

    Manque de rythme, manque de rebondissements - un comble pour une histoire de chute d'ascenseur -, manque de repères, et, selon moi, un style trop ampoulé qui déforme la réalité.

     

    Le cas Sneijder

    de Jean-Paul Dubois

    Points n°2876, septembre 2012

    ISBN 978-2-7578-3002-4

    240 pages - 6,70 €

  • La Madeleine Proust, une vie (1939-1940)

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    « Ma drôle de guerre est le deuxième volume d'une fresque romanesque qui commence en 1925 (Quand j'étais p'tite) où la voix de la Madeleine, haute en couleur, se fait entendre sous la plume sensible, fouillée et généreuse de Lola Sémonin.

    Une description à l'os des conditions de vie à cette époque dans le milieu paysan, la force de la pensée républicaine, l'omniprésence de l'Église, la dure condition des femmes, un état des lieux de la France très documenté. Et bien sûr, un texte parsemé d'humour.

    La Madeleine a 14 ans quand les soldats mobilisés viennent s'installer dans les fermes qui longent la frontière suisse du Haut-Doubs. Ils bousculent et parfois enchantent la vie réglée comme une horloge de cette famille, jusqu'à la débâcle en juin 40. Le flux des réfugiés, décrit avec un réalisme poignant, entre en résonance avec les événements d'aujourd'hui. »

     

    La Madeleine Proust, une vie

    tome 2 : Ma drôle de guerre

    de Lola Sémonin

    Pygmalion, novembre 2015

    ISBN 978-2-7564-1598-7

    448 pages - 19,90 €

  • Tout plutôt qu'être moi

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    La dépression nerveuse peut frapper n'importe qui à tout moment. Il est bien sûr un âge où l'on est plus fragile face à ce fléau : l'adolescence !

    Et justement, le personnage principal de ce roman n'a que 15 ans ! Craig Gilner vit à New York. Bien décidé à entreprendre de brillantes études, il bosse dur pour intégrer une école prestigieuse.

    Du coup, toute la pression est sur ses épaules. Il a pour meilleur ami un certain Aaron, un petit génie qui n'a eu besoin de forcer son talent pour réussir le même examen d'admission. Aaron adore glandouiller, se défoncer et se taper Nia, une fille magnifique dont Craig est amoureux.

    Craig souffre de manque d'appétit - ou trop -, de manque de sommeil - ou trop -, il se referme comme une huître. La dépression provoque de fortes sueurs. Il se sent bon à rien et voué à une existence morne, sûrement complètement ratée. Un soir, il décide de se suicider en se jetant du pont de Brooklyn. Mais au dernier moment, il opte pour la sagesse et téléphone à SOS Suicide. Sur base de conseils avisés, il choisit de se faire accepter à l'hôpital le plus proche.

    Là, on ressent une atmosphère digne de "Vol au-dessus d'un nid de coucous". Ce film est même évoqué dans le livre. Car la comparaison est inévitable. Mais Craig est un garçon de bonne composition, et résolu à guérir. À accepter les traitements. 

    Ned Vizzini, l'auteur de ce livre ma foi très émouvant, a souffert lui aussi de profonde déprime. À 32 ans, il s'est suicidé en se jetant du haut d'un immeuble de Brooklyn. Un long métrage sera d'ailleurs adapté à partir de ce roman.

    Les chapitres s'enchaînent, la lecture prend aux tripes. Sans tomber dans le piège du glauque et du sordide, Ned Vizzini délivre un message d'espoir. Il a très certainement écrit ce roman sous forme de thérapie personnelle. Mais on ne le saura jamais.

     

    Tout plutôt qu'être moi

    de Ned Vizzini

    La belle Colère, janvier 2016

    ISBN 978-2-84337-759-4

    400 pages - 19,00 € 

  • Un livre ne meurt jamais !

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    1933, Adolf Hitler vient de prendre les rênes du pouvoir. La folie s'empare de tout un pays. Erich Kästner est un écrivain connu et reconnu. Son roman pour enfants "Émile et les Détectives" s'est écoulé à plus de deux millions d'exemplaires en 1929. Paru sous le titre original de "Fabian ou l'histoire d'un moraliste", cet ouvrage fait polémique. Son ton pique la vision d'une Allemagne exemplaire.

    En 1933 donc, Erich Kästner assiste à l'autodafé de ses propres livres. Il n'y a pas pire crime que celui de brûler des livres !

    « Un étudiant rugit : "Contre la décadence et la dégénérescence morale ! Pour la défense de la décence et des bonnes mœurs de la famille et de l'État…" Un autre poursuit l’imprécation : "... je livre aux flammes les œuvres d'Heinrich Mann, Ersnt Glaeser et Erich Kästner !" Une femme dans la foule excitée crie : "Kästner est là !" Et Erich Kästner, écrivain superstar qui n’avait pas voulu quitter son pays pour chroniquer cette fièvre nazie qu’il croyait passagère, fuit pour se perdre dans la nuit berlinoise et les oubliettes de l’histoire littéraire allemande.

    Plus de 80 ans ont passé. L'œuvre renaît de ses cendres. Comme par magie. La littérature n'a-t-elle pas un côté magique, tout comme la musique ? D'une page blanche, le compositeur, ou l'écrivain, parvient à créer un monde onirique qui emporte les foules. C'est aussi cet aspect-là qui attire tant.

    Je me suis plongé dans l'abîme, curieux. Mis à part quelques tournures anciennes, le roman n'a pas pris une ride. Choquant ? Non. En tout cas, pas à notre époque. Bien écrit ? Sans aucun doute. On doit certainement retrouver en Fabian l'auteur lui-même. Car Erich Kästner était bien ce dandy des années folles, écumant les nuits berlinoises. 2016, Berlin a retrouvé sa réputation de ville où l'on fait la fête. Le fantôme de l'écrivain vilipendé dès l'avènement de la barbarie nazie doit certainement profiter à nouveau des plaisirs nocturnes, fussent-ils dissolus.

    Ce roman était l'œuvre d'un visionnaire, car tout laisse augurer un avenir bien sombre. De nos jours, un tel livre aurait très certainement pu être commis par un Frédéric Beigbeder ou une Virginie Despentes. L'avantage a l'heure du numérique, c'est que l'autodafé n'a plus aucun sens.

     

    Vers l'abîme

    d'Erich Kästner

    éditions Anne Carrière, janvier 2016

    ISBN 978-2-8433-7760-0

    274 pages - 21,00 € 

  • L'Allée du sycomore

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    « Seth Hubbard, homme riche atteint d’un cancer, n’a confiance en personne. Avant de se pendre à un sycomore, il laisse un testament manuscrit. Ce document va plonger ses enfants désormais adultes, sa femme de ménage noire et l’avocat Jake Brigance dans un conflit juridique aussi brutal et dramatique que le procès pour meurtre qui avait défrayé la chronique dans le comté, seulement trois ans plus tôt.

    Ce second testament va soulever bien des questions sans réponses. Pourquoi Seth Hubbard veut-il laisser presque toute sa fortune à sa femme de ménage ? La chimiothérapie et les antalgiques ont-il affecté ses facultés de jugement ? Et quel rapport tout cela a-t-il avec cette parcelle de terre qu’on appelait autrefois l’allée du Sycomore ? »

    John Grisham n'a pas pour but d'emberlificoter ses lecteurs dans d'obscurs méandres juridiques pour montrer sa connaissance approfondie des textes de lois. Non. Son unique objectif est de captiver son lectorat, de le rendre accro. 

    Cette "Allée du sycomore" m'a emporté dans le Mississippi  ségrégationniste, séduit tant par la force de l'intrigue que par sa simplicité, voire son évidence. Les quelque 760 pages se tournent avec la régularité d'un métronome.

    On veut absolument savoir ce qu'il va advenir des différents personnages, à commencer par Lettie Lang et Jake Brigance. Très caricatural certes, mais surtout très efficace. On se doute qu'Ancil Hubbard, frère cadet de Seth, aura un rôle crucial à jouer, mais lequel ? On se doute que les enfants déshérités mentiront comme des arracheurs de dents. On espère que justice sera faite, même si les apparences ne sont pas franchement favorables à Lettie, d'autant que son Simeon de mari accumule les conneries. Au final, John Grisham signe un roman très réussi qui, très certainement, sera adapté un jour au cinéma.

     

    L'Allée du sycomore

    de John Grisham

    Lgf n°33774, mai 2015

    ISBN 978-2-253-09306-0

    768 pages - 8,90 €

     

     

  • Fox-trot

  • Interview de Nathalie Rheims

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    Seule femme présente dans la deuxième sélection du prix Interallié 2015, finalement décerné à Laurent Binet, Nathalie Rheims a répondu à mes questions lors de son passage à Bruxelles.

    Découvrez la critique de son dernier roman : Place Colette (éditions Léo Scheer) 

    1. Lorsque la narratrice apprend que Pierre est célibataire, elle dit sans sourciller : « Je pensais déjà à notre mariage, à la façon dont nous allions pénétrer dans l'église au son de la marche nuptiale... » Réalisiez-vous l'aberration de la situation ? Et maintenant, 40 ans plus tard, cela ne vous choque-t-il pas ?

    Nathalie Rheims : C'est très abrupt cette question. Bien sûr que non. Il s'agit avant tout d'un roman, même si la narratrice s'inspire de ce que je suis. Que je sache, il n'y a pas écrit "autobiographie" ou "récit" sur la couverture. Donc la narratrice vit ça d'une façon pleine et entière. Elle aime cet homme, croit au prince charmant, et donc au mariage.

    Pourtant, à la page 182, elle dit « j'avançai vers la cage du fauve » lorsqu'elle s'approche de la loge.

    Cela n'empêche pas que le fauve en question lui procure des frissons, un sentiment de peur et d'exaltation. C'est ce qu'elle ressent, une excitation psychologique et non physique, car cet aspect-là est encore virtuel pour elle. Mais, en tout cas, à chaque fois qu'elle entre dans la cage du fauve, elle a le cœur qui palpite, l'envie de dompter le fauve, avec l'espoir qu'il ne vous sautera pas à la gorge.

    2. La littérature, quelle qu'elle soit, selon vous, contient-elle une part d'exhibitionnisme ?

    N.R. : Évidemment ! Dans la littérature du roman vrai ou de l'autofiction (deux choses différentes), évidemment qu'il y a de l'exhibitionnisme. On se met absolument tout nu au sommet de la tour Eiffel et l'on hurle. C'est la même appréhension que de rentrer dans la cage du fauve.

    3. Que répondez-vous à ceux qui pourraient vous accuser de faire l'apologie de la pédophilie ?

    N.R. : Le livre est sorti le 19 août 2015. Hormis un fou furieux qui tient un blog et qui inonde Amazon de commentaires pourris, personne de sensé n'a relayé cet avis. Je ne crois pas que les libraires auraient autant soutenu cet ouvrage si c'était le cas. Je n'ai pas de soucis par rapport à ça. J'ai écrit un roman avec toute la sincérité et le désir que j'avais de raconter cette histoire qui était horriblement casse-gueule, j'en ai parfaitement conscience.

    4. J'ai l'impression que ce livre était en gestation depuis longtemps et que c'était le bon moment pour le publier...

    N.R. : C'est vrai. Moi, je me considère comme un artisan. J'ai commencé à écrire il y a dix-sept ans, et plus ça va, plus j'ai l'impression de maîtriser les outils qu'il me faut pour façonner une histoire. Écrire, c'est mettre à distance. Il fallait que je sois prête.

     

     

     

  • Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi

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    Bienvenue dans la cellule du narrateur, avec un Liégeois comme coloc... d'ailleurs surnommé « Coloc ». Un fameux zigue que cet alcoolo-shooté qui, l'air de rien, a quand même découpé un collègue comptable à la tronçonneuse. L'atmosphère est crade et grise, les latrines sont « open space » et Coloc ne dégage pas une odeur parfumée à la rose.

    Les présentations sont sommaires et chacun se jauge. En prison, il y a une pseudo-hiérarchie du crime, et le narrateur, accusé d'avoir découpé sa femme au sabre japonais, a de quoi inspirer le respect.

    Coloc se montre curieux. Alors pourquoi ne pas lui raconter toute l'histoire ? D'autant qu'il n'est pas en manque de commentaires... en manque de shit, oui, de commentaires, non.

    Même si l'histoire d'amour du narrateur n'a rien d'exceptionnel, la vie en prison n'a, pour le coup, rien d'une sinécure.

    Dans un langage moderne, très vivant, empli d'humour et de références en tous genres, ce roman s'avère une vraie réussite. Dévoré en deux jours, il possède tous les atouts pour se faire remarquer parmi les centaines de petits frères de papier publiés entre la mi-août et la fin septembre.

     

    Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi

    de Hugues Serraf

    L'aube, août 2015

    ISBN 978-2-8159-1255-6

    160 pages - 15,00 €

  • Place Colette

     

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    « Après Laissez les cendres s'envoler, Nathalie Rheims explore une partie inédite de sa vie : son premier amour, à l'adolescence, et ses débuts de comédienne au théâtre.
    À l'âge de 9 ans, la narratrice de Place Colette est victime d'une erreur de diagnostic qui la cloue sur un lit d'hôpital, le corps prisonnier d'une coquille de plâtre. Au terme de trois années de calvaire, un professeur finit par découvrir la véritable maladie ; il l'opère et la sauve.

    La jeune fille a passé ce temps immobile à découvrir la littérature et les textes classiques. Elle voue une passion sans limite au théâtre. Revenue à la vie, elle tourne autour de la Comédie-Française et de la place Colette. Le jour de ses 13 ans, elle entre dans la loge d'un comédien dont elle est tombée amoureuse. Bien qu'il ait trente ans de plus qu'elle, elle lui propose de devenir son cadeau d'anniversaire.

    Ce roman, qui aurait pu s'intituler Détournement de majeur, est l'histoire d'une double initiation, à l'amour charnel et à la passion du théâtre. Écrit à la première personne, il est pourtant aux antipodes de ce que l'on qualifie d'autofiction : le mensonge enveloppé dans une rhétorique de vérité.

    C'est un « roman-vrai », où l'auteure se cherche et finit par faire tomber le masque. »

     

    À côté des nombreux romans de la rentrée... rentrée bien mièvre cette année, voici un ovni littéraire salué par la critique.

    Nathalie Rheims manie la plume avec dextérité. Elle émeut d'autant plus le lecteur que ce roman est autobiographique. La passion ne dévore que celui qui renonce, pas le genre de Nathalie Rheims qui va au bout d'elle-même, par-delà toute raison. Belle réussite !

     

    Place Colette

    de Nathalie Rheims

    éditions Léo Scheer, août 2015

    ISBN 978-2-756-109176

    320 pages - 20,00 €

  • Le nouveau cycle de Bernard Werber !

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    Bernard Werber a signé un réel chef-d'œuvre : Les Fourmis ! Depuis, il surfe sur ce succès mondial et décline son encyclopédie sous toutes ses formes. C'est efficace.

    Même si ses productions ne possèdent plus le plaisir de la surprise et de la découverte qu'apportaient ses fourmis, la lecture d'un ouvrage signé Werber reste une garantie de lecture agréable, ponctuée de passages didactiques.

    Après Edmond et Charles Wells, voici David, biologiste prônant la miniaturisation des espèces, tant végétales qu'animales.

    Au travers de cette nouvelle trilogie, l'auteur ouvre des voies d'évolution possibles voire probable de notre Humanité, qu'il considère comme étant la Deuxième. D'emblée, l'auteur nous tient en haleine. Par un vocabulaire simple et une grande densité de dialogues, on avance dans ses théories de cosmogonie, d'évolution des espèces (dont la nôtre) et de l'impact dévastateur de notre mode de vie.

     

    Troisième Humanité

    de Bernard Werber

    Livre de poche n°33355, juin 2014

    ISBN 978-2-253-19494-1

    696 pages - 8,10 €

     

    Les Micro-Humains

    de Bernard Werber

    Livre de poche n°33773, juin 2015

    ISBN 978-2-253-01734-9

    504 pages - 7,90 €

  • Un Goncourt pleinement mérité !

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    Début novembre 1918, la Première Guerre mondiale connaît son épilogue. Dans les tranchées, une idée fixe hante les pensées des soldats : «Que ce serait stupide de mourir ou d'être grièvement blessé à quelques jours de la fin des combats !»

    Mais le lieutenant d'Aulnay-Pradelle veut son acte de bravoure, son coup d'éclat qui lui permettra de sortir grandi de la guerre... et d'en récolter les fruits. Pour provoquer une dernière charge héroïque et reprendre aux Boches la cote 113, il n'hésite pas à tirer dans le dos de deux de ses subalternes. Ingénieux mais risqué car un soldat se rend compte malgré lui de cet acte abominable : Albert Maillard ! Ce dernier, tiré in extremis d'une mort certaine par Édouard Péricourt, décide d'assister son sauveur devenu ce qu'on appelle une «gueule cassée». En effet, un éclat d'obus lui a littéralement arraché la mâchoire inférieure.

    Les deux rescapés vont vivre d'expédients... jusqu'à cette arnaque incroyablement osée, d'envergure nationale, qu'imaginera Édouard.

    Ce grand roman sur l'après-guerre de 14-18, prix Goncourt 2013, est enfin disponible en poche. Un texte majeur, prenant, existentiel, qui fait réfléchir sur la cruauté, le cynisme et la crédulité des hommes. Un sommet littéraire à ne pas louper !

    La mémoire patriotique méritait-elle, dès 1919, quand tant de ménages souffraient de malnutrition, de misère, un tel investissement dans les monuments aux morts ? Ne fallait-il pas avant tout s'occuper des vivants et les récompenser pour leurs actes de bravoure ?

     

    Au revoir là-haut

    de Pierre Lemaître

    Livre de poche N°33655, avril 2015

    ISBN 978-2-253-19461-3

    624 pages - 8,60 €

     

             

  • Ces morts qui se tiennent par la taille

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    « Vous avez l’air de beaucoup vous aimer, appuyés tendrement l’un contre l’autre, le bras de Fred serrant la taille d’Élise, celui d’Élise s’arrimant à Fred, son homme, son amour. Fred a tout d’un dominateur : de sa présence sur la photo, c’est surtout cela qui se dégage.
    Je vous observe. Tout est dit dans ce cliché de vous deux et, en même temps, tout est caché. On ne voit de vous qu’une apparence. Vous êtes là, figés en un éternel instant qui ne raconte rien des soubresauts de votre existence future. De celle-ci, je ne connais pas tout, mais l’essentiel est gravé en moi, dans mon corps. Pour toujours. »

    Elle retrouve une photo d’Élise et de Fred, ses grands-parents. La seule qu’elle possède d’eux. Parce que Clara a détruit les autres.

    Elle retrouve son passé et le soir de ses treize ans, quatre mois et onze jours, quand tout a basculé.

    Elle retrouve Freya, la lumineuse, l’unique personne qui ne lui a jamais menti et qui lui donnera la force d’aller de l’avant.

    Finira-t-elle par se retrouver elle-même ?

    Dans ce roman qui aborde la thématique des secrets de famille, l’auteur présente de subtils portraits de femmes. Avec délicatesse et profondeur, il décrit le parcours intérieur de victimes qui tentent de se construire et de trouver, malgré les ombres, une voie vers la lumière.

     

    C'est par hasard que Frank et moi avons abordé le même thème : le viol ! Frank le traite à sa manière, dans une atmosphère plus lourde, avec plus de sérieux. L'horreur vécue par la narratrice ne laisse pas de place à la surprise, même si l'épilogue colle à la sensibilité de l'auteur... résolument optimiste.

     

    Ces morts qui se tiennent par la taille

    de Frank Andriat

    éditions du Rocher, avril 2015

    ISBN 978-2-26807-746-8

    216 pages - 16,90 € 

  • La rafle du Vél d'Hiv... vue de l'intérieur

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    À l’aube du 16 juillet 1942 va débuter à Paris ce que l’Histoire a retenu sous le nom de «rafle du Vél’ d’Hiv’». Plus de treize mille Juifs arrêtés dans Paris, dont la plupart seront déportés au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

    Sous les ordres de René Bousquet, sept mille policiers et gendarmes français participeront à l’opération « Vent printanier ». Pas un seul soldat allemand ! Il aura fallu soixante-trois ans pour que la France reconnaisse sa responsabilité dans ce crime contre l’humanité.

    Les personnages du roman de Michel Vigneron sont-ils vraiment fictifs ? Ils n’ont pas porté les mêmes noms, mais ils ont existé, les bons comme les mauvais. Quand un flic écrit sur l’une des opérations les plus sombres de l’histoire de la police, cela donne un roman noir historique éblouissant d’humanité. Pour ne jamais oublier ni commettre à nouveau les erreurs du passé…

    Autour de Rachel et de Jean, personnages centraux de ce roman historique, une atmosphère où l'antisémitisme fait partie du quotidien, en cet été 1942. Un pan de l'Histoire dont la France n'a pas joué un bon rôle. Et pourtant, des hommes tels que François ont bel et bien existé. Et le massacre a pu avoir lieu. Cette atmosphère lourde, on la ressent au travers des mots de ce roman. Et l'on suit le parcours de chacun avec intérêt.

    Mis à part quelques coquilles repérées çà et là, un travail soigné, poignant, plus destiné aux jeunes lecteurs à partir de 15-16 ans.

     

    Un vent printanier

    de Michel Vigneron

    L'atelier Mosésu, février 2015

    ISBN 979-10-92100-40-2

    322 pages - 20,00 €

  • L'enfer de Church Street, une découverte macabre...

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    Lorsqu'une maison d'édition de qualité, à savoir Gallmeister, lance une nouvelle collection, pourquoi ne pas s'y intéresser ? De plus, ce néonoir rencontre parfaitement mes attentes de lecteur avide de glauque, de violence et d'humour. Noir de préférence.

    Lorsque Geoffrey Webb se fait braquer sur le parking d'un supermarché, on imagine qu'il va passer un mauvais quart d'heure. Et pourtant, malgré la détermination du gangster en cavale, , c'est la victime qui mène la danse. Car ce Geoffrey Webb n'est pas n'importe qui. À son agresseur, il propose un deal inattendu : en échange de son portefeuille et des 3 000 dollars qu'il contient, il lui contera sa vie et roulera pendant plusieurs heures jusqu'à Little Rock, en Arkansas. En fait, pour Webb, cette agression s'apparente presque à une aubaine.

    Rythmé, ce roman noir au format semi-poche m'a permis de passer un excellent moment de lecture.

     

    L'enfer de Church Street

    de Jake Hinkson

    Gallmeister, néonoir, février 2015

    ISBN 978-2-35178-087-9

    240 pages - 15,00 €

  • Deux gouttes d'eau

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    Élodie Favereau a été littéralement exécutée à coups de hache. Son assassin a poussé le vice jusqu'à la décapiter et poser sa tête en équilibre sur une table basse, en guise de trophée. Le maniaque a pourtant oublié un détail : le quartier de Boulogne-Billancourt est truffé de caméras. Or, il montre très nettement son visage à l'une d'elles.

    Son identité ne fait aucun doute, d'autant qu'on l'aperçoit en train de se débarrasser de l'arme du crime !

    Il s'agit du fiancé de la victime, un certain Antoine Deloye. Placé en garde à vue, celui-ci nie les faits, malgré les preuves accablantes. Très vite, il accuse son frère jumeau : Franck. L'un des deux est forcément coupable. Oui mais lequel ? Robert Laforge, le commissaire divisionnaire en charge de l'enquête n'en croit pas ses yeux : les jumeaux se ressemblent comme... deux gouttes d'eau !

    Un roman admirablement bien construit, rythmé, maintenant sans cesse le suspense. Une plume efficace. Une histoire qui paraît simple mais qui s'enrichit au fil des pages. Voilà le roman addictif qui m'a accompagné partout pendant quelques jours.

    Jacques Expert m'avait déjà séduit dans "La femme du monstre". Il confirme son talent immense et publie dans une maison d'édition réputée pour la qualité de ses choix.

     

    Deux gouttes d'eau

    de Jacques Expert

    Sonatine, janvier 2015

    ISBN 978-2-35584-316-7

    336 pages - 19,00 €

  • Au plaisir d'aimer

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    «Aymar de Fortjoie, 76 ans, veuf, propriétaire d'un château aux portes de Poitiers, vient de mourir, laissant à ses filles un vrai casse-tête. Pourront-elles exaucer le vœu de leur père en conservant le château et, surtout, en continuant d'y abriter de jeunes peintres désargentés ?

    Un compte en banque vide, de lourds droits de succession, un château délabré, l'affaire est mal partie. Et malgré les efforts des filles, la caisse de l'association fondée par Aymar reste désespérément vide.

    Jusqu'à l'idée de génie ! Proposer aux belles et riches dames de Poitiers de poser pour les peintres, leur commander, à bon prix, leur portrait. Et ça marche ! Les inscriptions affluent, plus de problèmes de trésorerie.

    Mais ce qui devait arriver arrive : dans le secret des ateliers, de brûlantes idylles se nouent. Le scandale éclate. La fermeture du château pour atteinte aux bonnes mœurs est demandée.

    Cette fois, est-ce la fin ?

    C'est sans compter sur des dames prêtes à tout pour défendre leurs artistes.»

    Les livres de Janine Boissard sont comme de bonnes vieilles recettes de grand-mères : efficaces sans être trop sophistiquées. Et ce dernier roman ne déroge pas à la règle.

     

    Au plaisir d'aimer

    de Janine Boissard

    Flammarion, février 2015

    ISBN 978-2-0813-4368-9

    320 pages - 19,90 €

     

     

  • Une plage au pôle nord

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    Un appareil photo de marque Panasonic sert de clé de contact à ce roman, à cette chronique sociale parfois piquante, parfois drôle, parfois émouvante, et admirablement bien construite.

    Pierre Lacaze, Jean-Claude Stillman, Françoise Vitelli et par extension son défunt mari, Alfonso, en sont les personnages centraux. Là où les opposés s’attirent, on aperçoit cette plage au Pôle Nord. Car Françoise, l’octogénaire, a décidé de revivre intensément, grâce à Jean-Claude qui lui fait tant de bien. Ces deux-là entament une relation certes ambiguë, mais qui se fonde sur une amitié sincère et touchante. Quant à Pierre Lacaze, il tombe sous le charme de Fanny, l’ex-femme de son pote Jean-Claude, la chipie de service. Bref, une relation tout aussi ambiguë…

     

    L’auteur nous offre une histoire parallèle, dix années plus tôt, celle d’Alfonso Vitelli. Une histoire vraiment pas banale. Il maîtrise son texte avec une simplicité confondante, qui paraît tellement naturelle. Et les chapitres, courts, ou qui paraissent courts tant la lecture est agréable, s’enchaînent… On voudrait même, parfois, ralentir leur lecture, délibérément, pour encore mieux les apprécier.

     

    Une plage au pôle nord

    d'Arnaud Dudek

    Alma éditeur, janvier 2015

    ISBN 978-2-36279-135-2

    168 pages - 16,00 €

     

  • Le nouveau roman de Viktor Lazlo

    les_tremblements_essentiels_01.jpgAlma Sol, star de la chanson originaire des Caraïbes, est portée disparue mais personne ne semble la rechercher.

    Trois narrateurs, qui tous furent amoureux d'elle, retracent leur rencontre, leur histoire, leurs amours singulières avec cette femme aussi séduisante qu'insaisissable : Aurèle son ami d'enfance qui l'aime depuis toujours, Diane, aventurière sans scrupule et Damien, riche héritier d'un empire colonial dont elle fut tour à tour la maîtresse.

    Trois voix pour tenter d'approcher le mystère d'Alma.

    Une écriture simple, efficace, qui porte trois voix avec des relents autobiographiques plus qu'évidents, c'est aussi cela la belle Viktor Lazlo.

     

    Les tremblements essentiels

    de Viktor Lazlo

    Albin Michel, février 2015

    ISBN 978-2-226-25991-2

    256 pages - 18,00 €

  • L'homme incertain

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    Cet homme n’a rien vu venir. Trop le nez sur la charrue. Il est né paysan, a grandi paysan, et aspirait à devenir un fermier prospère, honnête et protecteur. Il connaissait le travail de la terre, cette terre qui devait lui assurer un présent et un avenir. Lorsque cette terre devint plus européenne par la mise en place de la PAC (politique agricole commune) en 1962, il ne sut s’y adapter et son affaire périclita. Jusqu’au jour où la faillite est prononcée. Dès lors, la honte s’empare de cet homme incertain. La honte de quoi ? Cette sensation diffuse de dégoût de soi, de l’emprise du mot « échec » qui accompagne chacun de ses pas, chacune de ses pensées…

    Ce livre m’a véritablement bouleversé car je connais ce sentiment de défaite profonde, de gâchis. Et ces mots qui, comme dans ce roman, viennent sans cesse s’entrechoquer. Ces regards en coin… Ces anciens collaborateurs qui vous ignorent désormais. Jusqu’à cette réputation de porter la poisse…

    La disparition totale est presque toujours envisagée, bien que non évoquée publiquement. Et la reprise d’une routine faite de non-dits… Sans oublier les questions parfois cinglantes des enfants… Point de révolte possible sans argent ! Une autre vie s’installe.

    Le narrateur se répète, répète sa souffrance, son impuissance, et met très bien en exergue sa solitude parmi les siens… au point de songer à se supprimer.

    Un livre fort fait de phrases simples qui, pour l’avoir vécu et m’en être sorti au prix d’efforts incroyables, sonne juste. Très juste.

     

    L'homme incertain

    de Stéphanie Chaillou

    Alma éditeur, janvier 2015

    ISBN 978-2-36279-137-6

    200 pages - 16,00 € 

     

  • La vérité sur l'affaire Harry Quebert

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    Un million d'exemplaires vendus en grand format, 400 000 imprimés au format poche, traduit en 40 langues, et très certainement adapté bientôt au cinéma... À 30 ans à peine, Joël Dicker vit un véritable conte de fées...

    L'insatiable curieux que je suis se devait de lire ce véritable phénomène éditorial et le disséquer...

    Mérite-t-il son incroyable succès ?

    Oui, incontestablement... Mais des dizaines de romans sont aussi bons voire meilleurs. Pour exemple, celui que je lis en ce moment, "Cadres noirs" de Pierre Lemaître, est tout aussi palpitant... et mieux écrit.

    Alors, comment expliquer que ce livre en particulier se soit détaché ?

    Que ce soit dans le monde éditorial, journalistique, ou l'ensemble des lecteurs, on adore porter aux nues un ouvrage qui, à la base, n'a pas bénéficié d'un lancement marketing canon, ou n'a pas été publié chez l'un des éditeurs appartenant à un groupe tel que Hachette ou Editis. Ce fut le cas, notamment, pour "Karoo", un autre phénomène éditorial, paru à l'origine chez un petit éditeur aquitain.

    "La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert" répondait à ces critères et permettait au bouche à oreille de s'enclencher façon boule de neige.

    De plus, l'auteur a vraiment tout misé sur la force de l'intrigue. Il le confesse d'ailleurs sur son propre site : «Tout naît de l'envie d'écrire une véritable histoire ; l'envie d'emporter le lecteur, de l'arracher à son quotidien. Rendre au livre une grande qualité qui lui manque parfois : un moment de plaisir. Un livre long, mais qui se lise vite parce qu'on ne veut pas s'en détacher. L'envie de tout lâcher pour lire. L'envie d'écrire pour les lecteurs exigeants comme pour les lecteurs hésitants. L'envie d'écrire pour ceux qui n'ont pas le temps de lire et qui soudain le trouvent. L'envie de faire l'effort d'aller vers les lecteurs : l'envie de donner envie.»

    En tant que professionnel, le lit-on autrement ?

    Oui, car l'auteur distille des vérités sur la vie d'un livre, sur les trucs et astuces des auteurs, sur la psychologie de l'auteur, sur les dérives commerciales, sur la presse, etc.

    Attention, tous les éditeurs ne sont pas comme Barnaski, l'éditeur de Marcus Goldman. Fort heureusement !

    Les conseils d'Harry Quebert à son élève sont très justes et le professionnel en sourit car l'auteur dit tout haut ce qui se dit dans notre milieu...

    «Si les écrivains sont des êtres si fragiles, Marcus, c'est parce qu'ils peuvent connaître deux sortes de peines sentimentales, soit deux fois plus que les êtres humains normaux : les chagrins d'amour et les chagrins de livre. Écrire un livre, c'est comme aimer quelqu'un : ça peut devenir très douloureux.»

     

    La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert

    de Joël Dicker

    éditions de Fallois / L'Âge d'Homme, 2012

    ISBN 978-2-87706-816-1

    670 pages - 22,00 €

     

     

     

     

  • Salle d'attente bien placé dans les librairies

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    Après lecture, Anne-Sophie Dekeyser m'a posé 4 questions :

     

    Pourquoi avoir choisi une femme comme personnage principal ? 
     
    Depuis toujours, j’adore relever des défis. Toutes sortes de défis. Côté écriture, j’ai plus de facilité à rédiger des romans où l’action est présente, des intrigues policières, des thrillers, voire des essais. Un jour, ma grand-mère – qui a aujourd’hui plus de 90 ans –  m’a dit : « Mais pourquoi tu n’écris jamais d’histoire d’amour ? Moi, j’aime bien les histoires d’amour. Tu n’en serais pas capable ?» 

    Je me suis donc mis à l’ouvrage, mais une histoire d’amour avec un homme en guise de narrateur, cela m’a paru trop… fade, ou trop facile.  J’ai pris le parti de me mettre en danger.  Voilà pourquoi il me fallait une femme pour personnage central.

     

    Quelle a été votre principale difficulté pour vous mettre dans la peau de cette femme ? Et votre principale source d'inspiration ? 

    Avant de m’installer à ma table de travail, je devais me conditionner, quitter cette gangue de mâle parfois machiste, parfois misogyne, et surtout follement amoureux des femmes. Sacha Guitry, pourtant connu pour sa posture misogyne, s’est marié à cinq reprises et adorait la gent féminine. On lui a aussi prêté de nombreuses liaisons, notamment avec Arletty.  Je pense que pour s’immiscer dans la peau d’une femme, il faut en avoir connu un certain nombre, et s’inspirer de chacune d’elles. Dans Salle d’attente, Lucie est peut-être un condensé de toutes les femmes que j’ai aimées… même si au contraire de Sacha Guitry, je ne me suis jamais marié.

     

    Qu'est ce qui vous plait dans l'atmosphère des salles d'attente ?

    Ce pseudo-silence qui peut laisser libre cours à toutes les imaginations. Cette résignation partagée face à une maladie, une douleur, ou un mal-être. Un lieu où personne n’apparaît sous son meilleur jour. Les mines sont, la plupart du temps, rougies, bouffies, tristes, évitant les regards des autres. Bref, un lieu qui ne se prête nullement à une rencontre amoureuse.

     

    Pourquoi un roman qui se termine bien ?

    Ma grand-mère aurait été déçue… Peut-être aussi parce qu’au moment où j’ai écrit cette histoire, j’étais seul et je voulais croire à une rencontre, même improbable, qui finirait bien. Mes échecs répétés commençaient à me plomber le moral. Salle d’attente, c’était un peu la loterie qui finit enfin par sortir les bons numéros.

    Qu’on le veuille ou non, l’auteur insère toujours une part autobiographique, même si certains s’en défendent. Alors oui, dans ce roman court, il y a de nombreuses références à ma propre existence, mais revisitées.

     

     

     

     

    Salle d'attente

    de Marc Varence

    éditions Méhari, octobre 2014

    ISBN 978-2-87588-010-9

    128 pages - 6,90 €

  • Ce qu'on attend de moi

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    Braquer une banque, une bijouterie, une maison de presse, un night-shop, c'est banal, mais une agence pour l'emploi, ça l'est déjà beaucoup moins ! D'autant qu'il n'y a pas d'argent chez Pôle Emploi, enfin, pas que je sache...

    L'homme qui se présente ce matin-là au guichet ne recherche pas le profit, et encore moins la violence. Il est armé d'un faux Beretta, un de ces jouets très réalistes qu'il s'est contenté d'alourdir. Tiré à quatre épingles, rasé de près, cet informaticien sur la touche - un comble pour un informaticien - prend le personnel de l'agence en otage... en toute quiétude, avec calme et sérénité. Car rien n'est improvisé. Son geste est mûrement réfléchi, prémédité, pensé et répété jusque dans les moindres détails. Son objectif ? Faire passer un message au 20 heures de TF1, voire de France 2... au pire. Et comme l'a dit non sans raison le célèbre bandit Al Capone : «On peut obtenir beaucoup plus avec un mot gentil et un revolver, qu'avec un mot gentil tout seul.»

    La société est malade d'étouffer. Le personnage principal le rappelle : «Je suis toujours coupable d'une dette.» Cette phrase très juste concerne tant de monde qu'elle donne la nausée. L'informaticien sans emploi est à bout. Son acté désespéré tient dans le contenu d'une clef USB : «Le Mépris et le Pouvoir». Deux mots qui frappent les consciences. Deux mots qui dépeignent l'atmosphère générale complètement viciée dans laquelle, chaque jour, pour tenir le coup, nous faisons le plein d'utopie...

    Roman court de 70 pages, rythmé, chargé d'émotion, qui résonne comme un pamphlet dont les cordes vocales auraient été coupées.

     

    Ce qu'on attend de moi

    de Vincent Guédon

    éditions d'Ores et Déjà, novembre 2014

    ISBN 978-2-918527-26-8

    70 pages - 8,00 € 

  • Les ailes d'émeraude

    les_ailes_d_emeraude_03.jpgA bientôt 18 ans, Cassiopée est contrainte de quitter l'orphelinat où elle vit depuis l'accident qui a tué sa mère. Seule au monde et lâchée dans la ville, elle a la désagréable et persistante impression d'être suivie... Un soir, elle est violemment agressée par deux inconnus. Très mal en point, elle est sauvée de ce mauvais pas par un mystérieux et séduisant garçon, Gabriel. Leur rencontre n'est pas un hasard. Grâce à lui, Cassiopée découvre sa véritable nature : elle appartient aux Myrmes, un peuple ailé doté d'incroyables pouvoirs sensoriels. En pleine métamorphose, la jeune fille se lance dans cet univers totalement nouveau avec l'espoir de percer, enfin, les mystères de son passé.

    Les ailes d'émeraude

    d'Alexiane de Lis

    éditions Nouvelles Plumes, novembre 2014

    ISBN 978-2-298-08670-6

    700 pages - 19,95 €

     

  • "Salle d'attente" disponible ce mercredi 15 octobre !

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    Disponible... Ou plutôt «mis à l'office» ce mercredi 15 octobre dans «toutes» les librairies, ce roman court (128 pages) vient compléter la collection au format poche des éditions Méhari.

    «On ne s'attend jamais au coup de foudre. Celui-ci s'invite où il l'entend. Inutile de lutter, il est le plus fort. Et cela, même si le lieu choisi est la salle d'attente d'un médecin généraliste, pleine à craquer.

    Texte résolument moderne, poétique, empreint d'optimisme, d'humour et teinté d'érotisme. 

    Bâti en triptyque, ce roman court titille vos papilles littéraires et vous emmène dans un monde beaucoup moins onirique qu'il n'y paraît.»

    Pour en parler, je ne pouvais que retranscrire la quatrième de couverture... car il est toujours «compliqué» de chroniquer son propre livre...

    Après un essai, Inutile l'armée ?, il s'agit de mon deuxième ouvrage paru en 2014. Il s'agit d'un tout autre exercice, davantage orienté vers le lectorat féminin - même si les lecteurs masculins sont les bienvenus. Dans un style dépouillé, poétique, j'ai voulu créer une atmosphère exempte de phrases longues... Car la pensée n'est qu'une succession de flashes, d'impressions, de questionnements.

    En allant l'acheter dans une librairie, non seulement vous contribuerez à soutenir une jeune maison d'édition belge, mais en plus vous serez en mesure de me faire part de votre avis après lecture...

     

    Salle d'attente

    de Marc Varence

    éditions Méhari, octobre 2014

    ISBN 978-2-87588-010-9

    128 pages - 6,90 €  

     

  • Un Schmitt plutôt décevant...

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    Quatre adolescentes de 16 ans veulent découvrir l'amour, autant par goût que par pression sociale... Chaque soir, après une journée passée ensemble au lycée, elles échangent des messages délivrant leurs désirs, leurs intrigues, leur impatience. Jusqu'au jour où le drame a lieu...

    Y a-t-il une intoxication par l'amour ? Les idées toutes faites sur l'amour ne produisent-elles pas un poison qui empêche de vivre ? Si ces jeunes filles n'avaient pas la tête farcie d'histoires sentimentales, elles auraient abordé différemment ce moment où elles deviennent des femmes.

    « Dans un rêve d'amour, tout est beau sauf le réveil. »

     

    Le poison d'amour

    d'Eric-Emmanuel Schmitt

    Albin Michel, octobre 2014

    ISBN 978-2-226-25995-0

    180 pages - 15,00 €