Un livre ne meurt jamais !

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1933, Adolf Hitler vient de prendre les rênes du pouvoir. La folie s'empare de tout un pays. Erich Kästner est un écrivain connu et reconnu. Son roman pour enfants "Émile et les Détectives" s'est écoulé à plus de deux millions d'exemplaires en 1929. Paru sous le titre original de "Fabian ou l'histoire d'un moraliste", cet ouvrage fait polémique. Son ton pique la vision d'une Allemagne exemplaire.

En 1933 donc, Erich Kästner assiste à l'autodafé de ses propres livres. Il n'y a pas pire crime que celui de brûler des livres !

« Un étudiant rugit : "Contre la décadence et la dégénérescence morale ! Pour la défense de la décence et des bonnes mœurs de la famille et de l'État…" Un autre poursuit l’imprécation : "... je livre aux flammes les œuvres d'Heinrich Mann, Ersnt Glaeser et Erich Kästner !" Une femme dans la foule excitée crie : "Kästner est là !" Et Erich Kästner, écrivain superstar qui n’avait pas voulu quitter son pays pour chroniquer cette fièvre nazie qu’il croyait passagère, fuit pour se perdre dans la nuit berlinoise et les oubliettes de l’histoire littéraire allemande.

Plus de 80 ans ont passé. L'œuvre renaît de ses cendres. Comme par magie. La littérature n'a-t-elle pas un côté magique, tout comme la musique ? D'une page blanche, le compositeur, ou l'écrivain, parvient à créer un monde onirique qui emporte les foules. C'est aussi cet aspect-là qui attire tant.

Je me suis plongé dans l'abîme, curieux. Mis à part quelques tournures anciennes, le roman n'a pas pris une ride. Choquant ? Non. En tout cas, pas à notre époque. Bien écrit ? Sans aucun doute. On doit certainement retrouver en Fabian l'auteur lui-même. Car Erich Kästner était bien ce dandy des années folles, écumant les nuits berlinoises. 2016, Berlin a retrouvé sa réputation de ville où l'on fait la fête. Le fantôme de l'écrivain vilipendé dès l'avènement de la barbarie nazie doit certainement profiter à nouveau des plaisirs nocturnes, fussent-ils dissolus.

Ce roman était l'œuvre d'un visionnaire, car tout laisse augurer un avenir bien sombre. De nos jours, un tel livre aurait très certainement pu être commis par un Frédéric Beigbeder ou une Virginie Despentes. L'avantage a l'heure du numérique, c'est que l'autodafé n'a plus aucun sens.

 

Vers l'abîme

d'Erich Kästner

éditions Anne Carrière, janvier 2016

ISBN 978-2-8433-7760-0

274 pages - 21,00 € 

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