Interview de Nathalie Rheims

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Seule femme présente dans la deuxième sélection du prix Interallié 2015, finalement décerné à Laurent Binet, Nathalie Rheims a répondu à mes questions lors de son passage à Bruxelles.

Découvrez la critique de son dernier roman : Place Colette (éditions Léo Scheer) 

1. Lorsque la narratrice apprend que Pierre est célibataire, elle dit sans sourciller : « Je pensais déjà à notre mariage, à la façon dont nous allions pénétrer dans l'église au son de la marche nuptiale... » Réalisiez-vous l'aberration de la situation ? Et maintenant, 40 ans plus tard, cela ne vous choque-t-il pas ?

Nathalie Rheims : C'est très abrupt cette question. Bien sûr que non. Il s'agit avant tout d'un roman, même si la narratrice s'inspire de ce que je suis. Que je sache, il n'y a pas écrit "autobiographie" ou "récit" sur la couverture. Donc la narratrice vit ça d'une façon pleine et entière. Elle aime cet homme, croit au prince charmant, et donc au mariage.

Pourtant, à la page 182, elle dit « j'avançai vers la cage du fauve » lorsqu'elle s'approche de la loge.

Cela n'empêche pas que le fauve en question lui procure des frissons, un sentiment de peur et d'exaltation. C'est ce qu'elle ressent, une excitation psychologique et non physique, car cet aspect-là est encore virtuel pour elle. Mais, en tout cas, à chaque fois qu'elle entre dans la cage du fauve, elle a le cœur qui palpite, l'envie de dompter le fauve, avec l'espoir qu'il ne vous sautera pas à la gorge.

2. La littérature, quelle qu'elle soit, selon vous, contient-elle une part d'exhibitionnisme ?

N.R. : Évidemment ! Dans la littérature du roman vrai ou de l'autofiction (deux choses différentes), évidemment qu'il y a de l'exhibitionnisme. On se met absolument tout nu au sommet de la tour Eiffel et l'on hurle. C'est la même appréhension que de rentrer dans la cage du fauve.

3. Que répondez-vous à ceux qui pourraient vous accuser de faire l'apologie de la pédophilie ?

N.R. : Le livre est sorti le 19 août 2015. Hormis un fou furieux qui tient un blog et qui inonde Amazon de commentaires pourris, personne de sensé n'a relayé cet avis. Je ne crois pas que les libraires auraient autant soutenu cet ouvrage si c'était le cas. Je n'ai pas de soucis par rapport à ça. J'ai écrit un roman avec toute la sincérité et le désir que j'avais de raconter cette histoire qui était horriblement casse-gueule, j'en ai parfaitement conscience.

4. J'ai l'impression que ce livre était en gestation depuis longtemps et que c'était le bon moment pour le publier...

N.R. : C'est vrai. Moi, je me considère comme un artisan. J'ai commencé à écrire il y a dix-sept ans, et plus ça va, plus j'ai l'impression de maîtriser les outils qu'il me faut pour façonner une histoire. Écrire, c'est mettre à distance. Il fallait que je sois prête.

 

 

 

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