• Les cartes De Rouck accusent le coup !

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    Depuis l'annonce du quotidien L'Echo, la nouvelle de la faillite des éditions de Rouck s'est répandue dans les médias. Car De Rouck, pour bon nombre d'entre nous, cela reste une institution, une aide indispensable pour tout conducteur, qu'il soit néophyte ou averti.

    En ce qui me concerne, le choc fut d'autant plus conséquent qu'il y a encore deux mois, j'arpentais les routes du Hainaut et de Bruxelles pour placer des cartes et des guides frappés du logo à l'autoroute.

    Dans la presse, on reporte la culpabilité sur le succès du GPS. Je serai beaucoup plus mesuré à ce propos, car pour moi, le GPS n'a pas tué la carte, même s'il s'est emparé d'une part de marché conséquente.

    Non, les principaux coupables se trouvent dans votre poche, ou dans votre mallette : le smartphone et la tablette !

    Mais cela ne m'empêchait pas, à la station TEXACO de Saint-Ghislain, de réapprovisionner - et nettoyer - les présentoirs des cartes De Rouck toutes les trois semaines, voire tous les quinze jours en périodes de vacances scolaires.

    Même si, en deux ans, j'ai perdu plusieurs dizaines de points de vente, et ce pour la raison récurrente : «J'ai décidé d'arrêter de vendre des cartes. Tout le monde a un GPS. Je préfère vendre à la place des Mars et des Bounty

    Je pensais que la société De Rouck pouvait s'en sortir grâce à la réduction de ses frais fixes, et par la commercialisation assurée désormais par la SDL Caravelle. Et, à dire vrai, je le pense toujours. Même si je reste convaincu que la direction doit regagner des parts de marché et repenser sa production pour subsister sur du moyen terme.

    La faillite date du 17 février, faute à une plainte de l'ONSS qui réclame à De Rouck la somme rondelette de 75 000 euros, montant contesté par l'Administrateur de De Rouck évoquant lui quelque 35 000 euros. La société De Rouck Geomatics compte d'ailleurs interjeter appel de cette décision, et s'en prend au passage à l'acharnement de l'ONSS.

    La direction se dit prête à éponger la dette et à poursuivre ses activités. Bref, on s'oriente vers un véritable bras de fer. 

     

  • Du bureau à l'open space, de l'open space au domicile !

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    Mon quartier (Woluwe-Saint-Lambert, quartier du CORA) poursuit sa mue. Les immeubles de bureaux, désespérément vides, se changent en immeubles à appartements. Les grues envahissent le décor. Les camions se suivent et se ressemblent. En à peine deux décennies, la tour destinée à empiler les sociétés n'a plus la cote.

    En vingt ans, la surface occupée par poste de travail est passée de 30 m² à 15 m². Du bureau particulier, ou partagé par deux personnes, on a supprimé les cloisons afin de créer un open space. Ensuite, on s'est penché sur la possibilité de réaliser une bonne partie du travail à domicile. Car un poste de travail coûte cher à l'employeur, de 9 000 à 12 000 euros par an. Depuis 2008, la chasse aux coûts s'est encore accélérée. Les entreprises ont donc réduit leurs surfaces de bureaux, déménagé, délocalisé, restructuré.

    Grâce à l'essor des nouvelles technologies et à la hausse du télétravail, il faut désormais moins d'un bureau par personne occupée.

    Le monde de l'édition n'a pas échappé à cette évolution. Les adresses historiques des maisons d'édition parisiennes désertent peu à peu les 5ème, 6ème et 7ème arrondissements. Les groupes resserrent les vis. La majeure partie du travail de l'éditeur peut se faire à la maison. Les brasseries se frottent les mains car elles deviennent de plus en plus des lieux de travail, où l'on se fixe rendez-vous, où l'on organise des réunions.

    Vers une disparition des immeubles de bureaux ? On en est loin. Mais cette évolution a de quoi me donner le sourire.  

     

  • Balles perdues

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    "Quand Roy Nash sort de prison, ce n'est pas par la grande porte. Ni pour des raisons banales. Le boss de la mafia de Chicago a un boulot pour lui : mettre la main sur trois indélicats qui ont oublié de partager le magot d'un braquage.

    Pourquoi Roy ? Parce que Lena, son ex, a été emmenée par l'un des gangsters, et que tout le monde sait très bien que Roy a cette fille dans la peau."

    Et ce Roy, question rafale de plombs, est plutôt doué. Et sans émotion. Lorsqu'il pénètre dans le saloon d'une petite ville de l'Ouest, pendant que son chauffeur balafré fait le plein de la bagnole, il n'hésite pas à dégainer.

    Dominée par les tons sépia, Jef nous croque à merveille cet univers noir créé par Walter Hill - oui, vous lisez bien, le même qui porta à l'écran le duo Nolte-Murphy dans 48 heures -. Les scènes d'action sont très réalistes. Le découpage laisse la place à certaines planches pleines, et magnifiques - comme celle des pages 106 et 107 -. Bref, aux côtés de Matz, Jef se sent à l'aise dans cet univers.

    L'entretien avec Walter Hill, retranscrit à la fin de la BD, laisse croire qu'il y aura d'autres collaborations entre Matz et lui. Et c'est tant mieux.

     

    Balles perdues

    Scénario : Matz, dessin : Jef

    d'après une histoire originale de Walter Hill

    Rue de Sèvres, janvier 2015

    ISBN 978-2-36981-068-1

    128 pages - 18,00 € 

  • Le roi des rêves - Louis II de Bavière

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    L'Europe a d'abord adulé ce jeune roi de vingt ans follement romantique. Avant de se défier de ce personnage extravagant qui aimait les gens du peuple, préconisait la paix lorsque tous la plupart des pays ne désiraient que la guerre, se ruinait en châteaux féériques et faisait de Wagner un véritable dieu. On l'a dit fou enfin parce qu'homosexuel en ce XIXe siècle si puritain. Mais Louis II de Bavière, solitaire épris de beauté et de poésie, ne disait-il pas de lui-même : « Je veux rester un mystère pour moi-même et pour les autres » ?

     

    Le roi des rêves - Louis II de Bavière

    d'Isaure de Saint Pierre

    Albin Michel, février 2015

    ISBN 978-2-226-31264-8

    240 pages - 18,00 €

  • Pour ou contre la "tabelle" ?

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    Pour ou contre la « tabelle » ?

     

    Instaurée dans les années 70 pour compenser les frais de change et de douane, depuis la France vers la Belgique. Cette « tabelle » consiste, pour les distributeurs de livres en Belgique, à majorer le prix de vente pratiqué en France de… 15% !

    Autrement dit, être lecteur en Belgique revient plus cher qu’être lecteur en France.

    Depuis l’apparition de l’espace Schengen en 1995 et de la monnaie unique en 2002, cette augmentation arbitraire du prix des livres aurait dû être supprimée de fait car n’ayant plus aucune justification.

    La plupart des éditeurs et distributeurs ont donc, très logiquement, petit à petit, aligné le prix belge sur le prix français, même s’il restait un faible écart de taux de TVA entre les deux pays. Aujourd’hui, seuls deux distributeurs font le dos rond et refusent obstinément de se passer de cet apport substantiel de liquidités : Interforum Benelux (Editis) et Dilibel (Hachette). Or, ces deux structures réunies représentent la part principale du marché du livre de langue française.

    Il faut bien se rendre compte que dans les librairies belges, 70% des ouvrages proviennent directement de France. Et 60% de ces livres sont fournis par ces deux distributeurs qui campent sur leurs positions. Et ce malgré les plaintes à répétition déposées par le SLFB (Syndicat des Librairies Francophones de Belgique).

    Alors, pour ou contre la « tabelle » ?

     

    Les arguments du « POUR »

    -          Ce différentiel se justifie par le surcoût de la distribution sur un réseau dense de librairies et sur un marché où le prix unique ne s’applique pas.

    -          Le fait de vendre un livre plus cher rapporte forcément plus aux libraires.

    -          Supprimer cette majoration de prix mettrait en péril une centaine d’emplois en Belgique.

    -          Les frais de transport entre les plateformes belges et françaises nécessitent l’application de ce surcoût.

     

    Les arguments du « CONTRE »

    -          Les librairies frontalières (Saint-Ghislain, Mons, Tournai, Mouscron, Péruwelz, Couvin, Chimay, Virton, etc.) perçoivent cette gabelle comme une concurrence déloyale de leurs voisins français.

    -          Les librairies plus éloignées de la frontière, jadis épargnées, subissent elles aussi la concurrence car l’apparition de la vente de livres en ligne (via Amazon notamment) permet au consommateur d’acheter au prix français (avec une remise de 5%) et sans frais de port.

    -          Lorsqu’un éditeur estime un prix de vente, il tient compte des frontières « psychologiques » à ne pas dépasser. C’est pourquoi, de nombreux livres affichent un prix inférieur à 20,00€ ou à 15,00€. Mais en Belgique, le prix de 19,90€ se change aussitôt en 22,80€ ou 22,90€ ! Et en période de crise, cette augmentation peut s’avérer trop indigeste pour le consommateur.

    -          Même si un libraire gagne plus sur chaque ouvrage, il en vend moins. Bref, au final, il est perdant.

    -          Les détracteurs de cette « tabelle » balaient l’argument des frais de transport par les distances bien plus importantes entre Paris et Nice, Paris et Biarritz ou même Paris et Strasbourg, que Paris à Bruxelles.

     

    La Belgique représentant 7% du marché francophone du livre, une autre question me taraude : des auteurs à succès tels que Marc Levy ou Guillaume Musso perçoivent-ils une majoration de leurs droits d’auteur pour les exemplaires vendus en Belgique ? J’en doute. Et pourtant, si l’on estime à 35 000 le nombre de livres vendus par chacun de ces auteurs sur le sol belge, leur éditeur les floue de… à la louche, plus de dix mille euros par an ! Et si l’on additionne les montants redevables aux auteurs pour les livres vendus en Belgique, on obtient des sommes qui se comptent non pas en milliers mais en millions d’euros.  

  • Le nouveau roman de Viktor Lazlo

    les_tremblements_essentiels_01.jpgAlma Sol, star de la chanson originaire des Caraïbes, est portée disparue mais personne ne semble la rechercher.

    Trois narrateurs, qui tous furent amoureux d'elle, retracent leur rencontre, leur histoire, leurs amours singulières avec cette femme aussi séduisante qu'insaisissable : Aurèle son ami d'enfance qui l'aime depuis toujours, Diane, aventurière sans scrupule et Damien, riche héritier d'un empire colonial dont elle fut tour à tour la maîtresse.

    Trois voix pour tenter d'approcher le mystère d'Alma.

    Une écriture simple, efficace, qui porte trois voix avec des relents autobiographiques plus qu'évidents, c'est aussi cela la belle Viktor Lazlo.

     

    Les tremblements essentiels

    de Viktor Lazlo

    Albin Michel, février 2015

    ISBN 978-2-226-25991-2

    256 pages - 18,00 €

  • L'homme incertain

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    Cet homme n’a rien vu venir. Trop le nez sur la charrue. Il est né paysan, a grandi paysan, et aspirait à devenir un fermier prospère, honnête et protecteur. Il connaissait le travail de la terre, cette terre qui devait lui assurer un présent et un avenir. Lorsque cette terre devint plus européenne par la mise en place de la PAC (politique agricole commune) en 1962, il ne sut s’y adapter et son affaire périclita. Jusqu’au jour où la faillite est prononcée. Dès lors, la honte s’empare de cet homme incertain. La honte de quoi ? Cette sensation diffuse de dégoût de soi, de l’emprise du mot « échec » qui accompagne chacun de ses pas, chacune de ses pensées…

    Ce livre m’a véritablement bouleversé car je connais ce sentiment de défaite profonde, de gâchis. Et ces mots qui, comme dans ce roman, viennent sans cesse s’entrechoquer. Ces regards en coin… Ces anciens collaborateurs qui vous ignorent désormais. Jusqu’à cette réputation de porter la poisse…

    La disparition totale est presque toujours envisagée, bien que non évoquée publiquement. Et la reprise d’une routine faite de non-dits… Sans oublier les questions parfois cinglantes des enfants… Point de révolte possible sans argent ! Une autre vie s’installe.

    Le narrateur se répète, répète sa souffrance, son impuissance, et met très bien en exergue sa solitude parmi les siens… au point de songer à se supprimer.

    Un livre fort fait de phrases simples qui, pour l’avoir vécu et m’en être sorti au prix d’efforts incroyables, sonne juste. Très juste.

     

    L'homme incertain

    de Stéphanie Chaillou

    Alma éditeur, janvier 2015

    ISBN 978-2-36279-137-6

    200 pages - 16,00 €