• Cadres noirs

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    Lorsqu'un quinquagénaire, pris dans la tourmente du chômage, presque résigné, constate qu'il lui reste une chance, une seule, de revenir dans le circuit du travail, il est prêt à tout. Recouvrer son honneur, sa position sociale, sa dignité, sa légitimité, mais aussi et surtout récupérer une certaine aisance financière, tels sont ses objectifs à court terme.

    Marié à Nicole, père de deux filles de 30 ans, Alain Delambre est un homme sans histoires, comme il en existe des centaines de milliers.

    Pour survivre et continuer à payer les traites de son appartement, le voilà contraint d'accepter un poste ingrat, très dur physiquement, chaque jour de 5 heures à 9 heures du matin. Aussi, dès l'aube, Alain Delambre rumine-t-il son fiel. Sa vie de demandeur d'emploi lui pèse. Tout comme les remarques parfois cinglantes de son connard de beau-fils. Il souffre de vivre dans une ombre perpétuelle.

    Le décor est planté. À partir de là, l'auteur a imaginé l'impensable, à savoir la possibilité de voir un tel individu basculer, se transformer en un personnage violent, impulsif, colérique, menteur, machiavélique, prêt à tout sacrifier, y compris sa famille, pour redevenir le DRH qu'il était.

    Ce thriller palpitant de bout en bout n'a rien à envier aux plus grands succès du genre. Il est tout simplement digne de figurer parmi les incontournables, les livres à dévorer absolument.

    Pierre Lemaître porte bien son nom. En tout cas, ces pages truffées de rebondissements, de situations cohérentes et tout à fait envisageables, ont de quoi faire réfléchir sur la condition des chômeurs de longue durée...

    Un thriller cinq étoiles !

     

    Cadres noirs

    de Pierre Lemaître

    Livre de poche n°32253, mars 2011

    ISBN 978-2-253-15721-2

    448 pages - 7,60 €

  • La vérité sur l'affaire Harry Quebert

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    Un million d'exemplaires vendus en grand format, 400 000 imprimés au format poche, traduit en 40 langues, et très certainement adapté bientôt au cinéma... À 30 ans à peine, Joël Dicker vit un véritable conte de fées...

    L'insatiable curieux que je suis se devait de lire ce véritable phénomène éditorial et le disséquer...

    Mérite-t-il son incroyable succès ?

    Oui, incontestablement... Mais des dizaines de romans sont aussi bons voire meilleurs. Pour exemple, celui que je lis en ce moment, "Cadres noirs" de Pierre Lemaître, est tout aussi palpitant... et mieux écrit.

    Alors, comment expliquer que ce livre en particulier se soit détaché ?

    Que ce soit dans le monde éditorial, journalistique, ou l'ensemble des lecteurs, on adore porter aux nues un ouvrage qui, à la base, n'a pas bénéficié d'un lancement marketing canon, ou n'a pas été publié chez l'un des éditeurs appartenant à un groupe tel que Hachette ou Editis. Ce fut le cas, notamment, pour "Karoo", un autre phénomène éditorial, paru à l'origine chez un petit éditeur aquitain.

    "La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert" répondait à ces critères et permettait au bouche à oreille de s'enclencher façon boule de neige.

    De plus, l'auteur a vraiment tout misé sur la force de l'intrigue. Il le confesse d'ailleurs sur son propre site : «Tout naît de l'envie d'écrire une véritable histoire ; l'envie d'emporter le lecteur, de l'arracher à son quotidien. Rendre au livre une grande qualité qui lui manque parfois : un moment de plaisir. Un livre long, mais qui se lise vite parce qu'on ne veut pas s'en détacher. L'envie de tout lâcher pour lire. L'envie d'écrire pour les lecteurs exigeants comme pour les lecteurs hésitants. L'envie d'écrire pour ceux qui n'ont pas le temps de lire et qui soudain le trouvent. L'envie de faire l'effort d'aller vers les lecteurs : l'envie de donner envie.»

    En tant que professionnel, le lit-on autrement ?

    Oui, car l'auteur distille des vérités sur la vie d'un livre, sur les trucs et astuces des auteurs, sur la psychologie de l'auteur, sur les dérives commerciales, sur la presse, etc.

    Attention, tous les éditeurs ne sont pas comme Barnaski, l'éditeur de Marcus Goldman. Fort heureusement !

    Les conseils d'Harry Quebert à son élève sont très justes et le professionnel en sourit car l'auteur dit tout haut ce qui se dit dans notre milieu...

    «Si les écrivains sont des êtres si fragiles, Marcus, c'est parce qu'ils peuvent connaître deux sortes de peines sentimentales, soit deux fois plus que les êtres humains normaux : les chagrins d'amour et les chagrins de livre. Écrire un livre, c'est comme aimer quelqu'un : ça peut devenir très douloureux.»

     

    La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert

    de Joël Dicker

    éditions de Fallois / L'Âge d'Homme, 2012

    ISBN 978-2-87706-816-1

    670 pages - 22,00 €

     

     

     

     

  • Les Amazones de Bassaïev

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    Ou l'épopée touchante d'une mère à travers la Tchétchénie, complètement ravagée par la guerre. Dans les années 90, une femme russe vit d'expédients dans le métro de Moscou. Lorsqu'elle apprend que son fils est détenu par les troupes tchétchènes, et que leur chef, Bassaïev, a promis de relâcher les prisonniers que les mères viendraient elles-mêmes rechercher, son cœur lui fait vendre le peu de valeurs qu'elle possède et, accompagnée par le chien de son fils, un terrier Jack Russell, elle s'embarque pour l'enfer.

    Bien décidée à ramener son cher fils Volodia à la maison, cette mère obstinée n'est pas facilement impressionnable, même confrontée aux pires ennemis de la Russie... Cela dit, les deux camps font preuve d'une cruauté sans pareille.

    Les auteurs nous font découvrir les combattantes, tireuses d'élite, celles qu'on surnomme «les Amazones» qui, sous les ordres de Bassaïev, font un carton sur les soldats russes pénétrant en Tchétchénie.

    Très belle œuvre bâtie en diptyque et traitant d'une guerre très peu racontée, très peu connue aussi.

     

    Amère Russie

    tome 1 : Les Amazones de Bassaïev

    Dessin : Anlor

    Scénario : Aurélien Ducoudray

    Bamboo édition, Grand Angle, juin 2014

    ISBN 978-2-8189-3113-4

    48 pages - 13,90 € 

     

  • Le Bon Coin change la donne !

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    Depuis le mois de novembre, le climat s'est assombri chez les vendeurs professionnels qui passaient par le site LEBONCOIN.fr pour écouler leurs stocks, et notamment les livres.

    D'un forfait mensuel abordable (60 €), les voilà obligés de payer pour chaque annonce (3,60 €). Exit donc la possibilité de vendre des livres du fait de la marge bénéficiaire trop étriquée.

    Selon Phil Marso, écrivain, éditeur et propriétaire de la marque Megacom-ik, des milliers de revendeurs seraient concernés. Son activité qui avait pris de l'ampleur grâce à la renommée de ce site français, est aujourd'hui en grand danger car, malgré son contrat courant jusqu'au mois de juin 2015, le Bon Coin ne lui donne plus la permission de placer une annonce gratuite.

    La politique du site est claire : favoriser le client particulier au détriment du professionnel. Car Le Bon Coin est devenu une véritable machine de guerre où tout - ou à peu près - se négocie. 600 000 à 800 000 annonces y sont postées chaque jour, pour un chiffres d'affaires qui crève les plafonds (124 millions d'euros).

    Le Bon Coin marche donc sur les traces du géant américain e-bay en appliquant une formule différente de celle d'e-bay. En effet, pas question pour le site français de se rémunérer sur les transactions. Avec près de 17 millions de visiteurs uniques par mois, le site est devenu incontournable... un véritable réflexe pour certains.

    Mais ce colosse serait-il chaussé d'argile ?

  • Du LEVISON pur jus !

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    Paru en 2011 chez Liana Levi et en 2012 dans sa collection poche, ce cinquième roman de Iain Levison vient renforcer ma conviction : cet auteur a un talent fou pour la narration ! Certes, passons le style littéraire somme toute assez moyen, mais arrêtons-nous plutôt sur la capacité de cet écrivain américain à nous embarquer dans des histoires vraiment captivantes.

    Jeff Sutton est chauffeur de taxi à Dallas. Pour une fois, il se range dans la file de taxis de l'aéroport car, parfois, la course peut s'avérer très rentable. La cliente qui monte dans sa voiture est une bourgeoise élégante qui habite à une demi-heure. Voilà qui est intéressant pour Jeff. Elle habite dans une belle demeure pourvue de larges baies vitrées. N'ayant pas assez d'argent sur elle, elle demande à Jeff de bien vouloir patienter. Celui-ci lui demande en retour de pouvoir utiliser ses toilettes pour un besoin urgent. Pas de problème jusque-là. Par contre, il ne faut jamais toucher aux fenêtres des gens ! Car à partir d'un simple détail, une vie peut basculer radicalement. Ce sera le cas pour ce malheureux chauffeur de taxi.

    Dans cette critique sociale écrite au vitriol, l'auteur pointe du doigt les dérives de notre société contemporaine où il faut du résultat avant tout... et très vite. La toute puissance des médias, les dysfonctionnements de la Justice, la frontière ambiguë entre «présumé innocent» et «présumé coupable», ainsi que le pouvoir de l'argent y sont traités avec talent et causticité.

    Littéralement dévoré en moins de trois jours, le thriller de Iain Levison figurera sans conteste parmi mes meilleurs souvenirs de lecture de l'année.

     

    Arrêtez-moi là

    de Iain Levison

    Liana Levi / piccolo, mars 2012

    ISBN 978-2-86746-596-3

    256 pages - 9,50 €

     

  • Le tueur : clap dernière !

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    Treizième et dernier tome de la série, ce "Tueur" est selon moi un album d'introspection. Moins d'action, pas de chute spectaculaire, rien de grandiose, juste du footing, un peu de voile, de philosophie et de planches certes très graphiques mais sans grand intérêt.

    On sent qu'il en a marre d'être constamment en cavale. Il n'a pas vraiment d'autre choix car même dans sa jungle, les Américains ont envoyé trois sbires pour le dézinguer lui et sa famille. Pas question donc de mettre en danger sa femme et son fils. Où qu'il aille, il aura du boulot car il y a toujours quelqu'un qui aura besoin de ses services.

    Je ne peux cacher ma déception car j'adore cette série qui orne ma bibliothèque. J'attendais autre chose comme fin. J'ai, au sortir de cet album, l'impression que le scénariste est épuisé et veut passer à autre chose, laissant son personnage principal tourner en rond, tel le poisson rouge dans son bocal.

    On peut s'attendre à ce qu'un jour le Tueur reprenne du service...

     

    Le Tueur

    tome 13 : Lignes de fuite

    Scénario : Matz, dessin : Luc Jacamon

    Casterman, juin 2014

     

  • Ils n'auront pas tenu 10 ans...

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    En 2006, le groupe de presse belge rachetait le groupe français L'EXPRESS, contenant notamment des titres tels que Lire, L'Étudiant, L'Expansion, ou encore Point de vue... Moins de dix ans plus tard, Roularta veut se séparer de ces médias qui ont plombé sa trésorerie...

    Le groupe L'EXPRESS pourrait être scindé et vendu pour partie au Figaro, qui s'intéresse plus particulièrement à L'Étudiant et les titres spécialisés, et à un duo d'entrepreneurs que sont Marc Laufer et Patrick Drahi (Numéricâble/SFR), plus attirés par les fleurons L'EXPRESS et L'Expansion... largement déficitaires.

    Rappelons-nous, en 2006, c'était avant la crise. Le rachat du groupe français était considéré par les observateurs belges comme une avancée géographique et la possibilité de pérenniser l'imprimerie de Roulers. Mais voilà, avec la crise, s'est greffé le recul constant des organes de presse, la diminution des crédits publicitaires et donc l'effondrement de la rentabilité. La dégradation de la situation et l'arrivée de nouveaux magazines lancés par les journaux eux-mêmes ont fini par épuiser le groupe Roularta.

    D'autre part, comment une direction flamande pouvait-elle s'harmoniser avec l'esprit parisien. C'est impossible. C'est le combat entre le germanique et le latin. Quand le premier est au bureau, le second se réveille à peine. Quand le premier se contente d'une pause-déjeuner de trois quarts d'heure, le second quitte le bureau pendant deux bonnes heures. Quand le premier rentre chez lui, le second bosse encore. Et quand le premier hausse le ton, sans la moindre parcelle de diplomatie, le second se fâche et envoie tout valdinguer. Roularta se voulait d'abord imprimeur et annonceur. Le groupe L'EXPRESS privilégiait le contenu éditorial. Deux modes de pensée incompatibles.

    Roularta avait acquis L'EXPRESS pour 210 millions d'euros et devrait le revendre pour quatre à cinq fois moins. Une claque pour le groupe flamand. Aujourd'hui, les groupes de presse ne valent plus grand-chose. Ils sont acculés. Le Nouvel Obs s'est vendu au trio Pigasse-Niel-Berger (déjà propriétaires du Monde) pour un peu plus de 4 millions. Une bouchée de pain.

    Le choc traumatique de Charlie Hebdo a provoqué un sérieux coup de boost pour l'ensemble de la presse. Mais gageons que le soufflé devrait retomber bientôt...  

  • JE SUIS CHARLIE !

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    Et un, et deux, et trois millions !

    Demain mercredi 14 janvier 2015 marquera les esprits. Pour la première fois de leur histoire, le journal satirique Charlie Hebdo enregistrera un record de ventes. À l'origine, la rédaction décimée de l'hebdomadaire comptait proposer un million d'exemplaires à la vente, soit entre 15 et 20 fois son tirage habituel ! Et cela risque d'être largement insuffisant car la demande crève les plafonds. Mais l'on n'imprime pas plusieurs millions d'exemplaires en claquant des doigts. Sans oublier la logistique et la distribution... C'est pourquoi, dans un premier temps, il faudra se contenter de ce petit million, voire deux si les délais le permettent, mais rien n'est moins sûr.

    Chez les Messageries de la Presse, le téléphone ne cesse de sonner. En ligne, les innombrables marchands de journaux - dont certains ne vendaient pas un seul Charlie Hebdo - supplient pour recevoir un maximum d'hebdos car ils sont submergés de réservations de la part de leurs clients.

    En Belgique, les 20 000 exemplaires ne suffiront pas. Il en faudrait cinq à six fois plus pour répondre à l'attente énorme... et encore !

    Dès demain, chez Filigranes, on s'attend à voir la foule débarquer dès l'ouverture du magasin prévue à 08h00. Croyez bien que, quel que soit le temps, je serai dans la file, résolu à obtenir ce Charlie exceptionnel. Les 100 exemplaires promis à cette librairie partiront comme des petits pains, justement, à l'heure d'en déguster...

    L'attente est mondiale. Vingt pays ont sollicité la rédaction du journal. Six d'entre eux, plus la France bien évidemment, auront la chance d'être servis : la Belgique, le Grand Duché du Luxembourg, la Suisse, le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis... Les autres devront patienter...

     

    Demain, il pleuvra des crayons sur l'ensemble de la planète...