PERICO

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« La Havane, juin 1958. Six coups de feu claquent dans la nuit. En prenant leur service au Sans-Souci, l'un des plus grands cabarets-casinos de la ville, ni Joaquin, modeste serveur sans histoire au caractère réservé, ni Elena - Livia -, jeune chanteuse à la beauté vénéneuse, ne se doutent que cette fusillade, à laquelle ils sont totalement étrangers, va brutalement et irrémédiablement bouleverser leurs vies. »

Dans le 2ème tome, la cavale se poursuit et les deux jeunes se rapprochent peu à peu. Fou d'amour pour sa belle, Joaquin tente de garder la tête froide et mener sa mission à bien. Dans le même temps, la beauté de Livia ne passe pas inaperçue... et elle ne fait rien pour la dissimuler.

Ce diptyque ne se lit pas, il se dévore avec une réelle admiration pour la justesse du scénario, pour la plongée dans cette atmosphère tendue, jusqu'à la chute, tout aussi réussie.

 

J'ai eu la chance de pouvoir rencontrer Philippe Berthet dans les locaux de Dargaud. Voici son interview :

1. Tout au long de la lecture, on se dit que décidément « l'amour rend aveugle » et que Joaquin ferait bien de planter là la somptueuse créature qu'il a promis d'emmener à Hollywood. Mais finalement, est-il si aveugle que cela ?

Philippe Berthet : On est typiquement dans les ressorts du polar ayant l'amour fou pour thème. On part d'un personnage assez froid, distant, méprisant même qui, au fil des pages, va s'adoucir et l'on va découvrir quelqu'un de beaucoup plus fragile, non seulement physiquement par addiction à la drogue, mais aussi psychologiquement.

2. Régis Hautière est le scénariste, notamment, de petits chefs-d'œuvre tels que "La guerre des Lulus", "De briques et de sang", ou encore l'excellent "Abélard". Et voilà que Périco vient se ranger au même niveau que ces pépites. Lorsqu'on est en plein travail de création, se rend-on vraiment compte de la qualité de l'album ?

P.B. : C'est très difficile à imaginer. En travaillant, on ne peut pas prétendre réaliser un chef-d'œuvre. Par contre, on sent très vite quand on a entre les mains un scénario important. Or, j'ai eu ce sentiment quand Régis m'a fait lire le sien.

SDC12622.JPG3. Vous êtes Français, né dans une très belle entité à l'est de Paris... et pourtant vous êtes Belge pour tous les amateurs de BD. Étudiant au lycée français de Bruxelles, puis à Saint-Luc, à quoi rêviez-vous à l'époque ? Et vous imaginiez-vous un jour dans la peau d'un des « grands noms de la BD » ?

P.B. : Mon père est Belge et ma mère Française. J'ai la double nationalité, mais il se trouve que je vis en Belgique depuis plus de trente ans. J'adorais dessiner et donc j'ai débarqué à Saint-Luc en me disant que ce serait peut-être un métier qui me permettrait de gagner ma vie. Mais étais-je capable ou non ? J'ai très vite compris qu'il s'agissait de ma voie. À l'époque, j'ai dû bosser énormément pour combler mes lacunes et me mettre à niveau. J'ai découvert à Saint-Luc une autre BD que la franco-belge, ce qui m'a ouvert d'autres perspectives. J'habitais Uccle, à côté de chez Peyo, et donc, pendant des années, je montrais mes planches à ce géant de la BD. Très affable, il m'a donné des tas de conseils et s'est montré très patient.

4. Pour en revenir à PERICO, et au personnage de Livia, croit-elle vraiment à la possibilité d'échapper à Santo Trafficante ? Car, finalement, c'est elle qui sème les petits cailloux sur leur passage. De plus, une telle fille ne passe pas vraiment inaperçue, quand bien même le voudrait-elle ?

P.B. : On peut se poser la question de savoir si elle n'est pas déconnectée de la réalité. Cela dit, elle se came, ce qui justifie certains de ses agissements. Effectivement, je ne m'étais pas posé la question. C'est vrai que quelque part elle facilite la poursuite des tueurs.

 

PERICO 2/2

Scénario : Régis Hautière

Dessin : Philippe Berthet

Dargaud, septembre 2014

ISBN 978-2-5050-1996-1

64 pages - 14,99 €

 

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