• Karma Salsa clap dernière !

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    Tout ne serait donc qu'une question de karma... C'est ce que pense Ange, le héros principal de cette trilogie qui voit ici son dénouement. Une chute qui, si tout lecteur l'espérait différente, s'avère somme toute très morale. Car Ange, malgré son prénom, et même s'il s'est repenti, n'a rien d'un enfant de chœur.

    Toujours en « cavale » avec sa fille Mélissa, Ange veut récupérer son butin de deux millions de dollars, dérobés aux cartels colombiens vingt ans plus tôt. Avec police et mafia qui lui collent aux fesses, rien ne s'annonce simple, d'autant que sa cache se situe en pleine jungle amazonienne.

    Tout comme les deux premiers tomes de la série, cet album file à toute allure, atteint les sommets et laisse songeur. Karma salsa s'inscrit indubitablement parmi les meilleures trilogies du neuvième art. Personnages caricaturaux, bruts de décoffrage, dialogues efficaces, scénario à la Tarantino, découpage et couleurs sans la moindre faille, les auteurs, au contraire des personnages de leur BD, ont bel et bien réussi leur coup.

     

    Karma Salsa tome 3/3

    Scénario : Joël Callède & Philippe Charlot

    Dessin : Frédéric Campoy

    Dargaud, avril 2014

    ISBN 978-2-505-019886

    48 pages - 13,99 €

  • La grande évasion... tome 8

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    Le huitième album de cette série nous entraîne cette fois dans la Sibérie de 1900. La Russie des Tsars inaugure en grande pompe le transsibérien par un voyage auquel participe le Tsar et sa garde cosaque. Sur les bords du lac Baïkal, des bagnards achèvent la construction de cette voie qui deviendra mythique.

    Stenka, l'un des forçats, est un vieux renard, ex-ingénieur des mines, s'emploie à organiser une évasion massive. Le plan est admirablement bien monté, mais pour le mener à bien, Stenka a besoin du concours d'Eugène, un artiste transformiste qui devra jouer le rôle de sa vie...

    Les 64 pages se dévorent à un rythme soutenu. Le dessin retranscrit la froideur tant du climat que des personnages. Une BD efficace qui aurait pu - et aurait peut-être dû - se décliner en deux tomes...

     

    LA GRANDE ÉVASION - tome 8

    La ballade de Tilman Razine

    Scénario : Kris

    Dessin : Guillaume Martinez

    éditions Delcourt, juin 2014

    ISBN 978-2-7560-3367-9

    64 pages - 14,95 €

     

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  • Sigmaringen

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    En septembre 1944, l'Allemagne nazie fait le gros dos et s'obstine à poursuivre une guerre sans autre issue possible que la défaite, quitte à périr sous un tapis de bombes et à envoyer ses enfants et ses vieillards à la mort.

    Malgré les avancées alliées, tant du côté occidental qu'oriental, certains continuent à croire à une victoire finale allemande. Par mesure de précaution, Hitler décide de transférer le gouvernement de Vichy à Sigmaringen, un petit coin préservé d'Allemagne.

    Aussi cette bourgade vivant à l'ombre du château des princes de Hohenzollern voit-elle débarquer le maréchal Pétain et sa suite, ainsi que l'ensemble des ministres. Pierre Laval, président du Conseil, en froid avec le maréchal, sera du voyage, mais tout sera mis en œuvre pour que ces deux figures de la collaboration puissent s'éviter.

    En contrebas, la petite ville s'emplit subitement de plusieurs milliers de collabos de tous poils, de miliciens accompagnant leur chef Joseph Darnand, sans oublier les Français désespérés résolus à suivre le maréchal... maréchal qui, ne l'oublions pas, quelques mois plus tôt, était encore acclamé par une foule nombreuse dans les rues de Paris.

    La clique de ministres se divise aussitôt en deux clans : les passifs - ceux qui, fatalistes, ont décidé de... voir venir et jouir du temps présent -, et les actifs qui agissent comme s'ils étaient encore à la tête de l'État. Ces derniers, menés par le président autoproclamé de Brinon, applaudissent l'offensive de décembre 44 dans les Ardennes, et espèrent l'arrivée des fameuses armes de destruction massive.

    Une écriture d'une fluidité sans accroc, une histoire sans fausse note. Après tout, le personnage principal et narrateur n'est-il pas un mélomane, baryton, et antinazi de surcroît ? Julius Stein - c'est son nom -, majordome général - c'est son titre - tombera sous le charme de l'intendante du maréchal Pétain. Entre eux, une étrange complicité naîtra peu à peu.

    La fin n'est pas sans rebondissements, sans révélations, sans figures de style, un style qui nous révèle un Pierre Assouline au sommet de son art. Par-delà son travail d'historien - la plupart des personnages sont bien réels -, il a su nous replonger dans cette atmosphère de fin de guerre où rien n'est jamais tout blanc, où rien n'est jamais tout noir.

     

    Sigmaringen

    de Pierre Assouline

    Gallimard, janvier 2014

    ISBN 978-2-07-013885-2

    368 pages - 21,00 €