Sigmaringen

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En septembre 1944, l'Allemagne nazie fait le gros dos et s'obstine à poursuivre une guerre sans autre issue possible que la défaite, quitte à périr sous un tapis de bombes et à envoyer ses enfants et ses vieillards à la mort.

Malgré les avancées alliées, tant du côté occidental qu'oriental, certains continuent à croire à une victoire finale allemande. Par mesure de précaution, Hitler décide de transférer le gouvernement de Vichy à Sigmaringen, un petit coin préservé d'Allemagne.

Aussi cette bourgade vivant à l'ombre du château des princes de Hohenzollern voit-elle débarquer le maréchal Pétain et sa suite, ainsi que l'ensemble des ministres. Pierre Laval, président du Conseil, en froid avec le maréchal, sera du voyage, mais tout sera mis en œuvre pour que ces deux figures de la collaboration puissent s'éviter.

En contrebas, la petite ville s'emplit subitement de plusieurs milliers de collabos de tous poils, de miliciens accompagnant leur chef Joseph Darnand, sans oublier les Français désespérés résolus à suivre le maréchal... maréchal qui, ne l'oublions pas, quelques mois plus tôt, était encore acclamé par une foule nombreuse dans les rues de Paris.

La clique de ministres se divise aussitôt en deux clans : les passifs - ceux qui, fatalistes, ont décidé de... voir venir et jouir du temps présent -, et les actifs qui agissent comme s'ils étaient encore à la tête de l'État. Ces derniers, menés par le président autoproclamé de Brinon, applaudissent l'offensive de décembre 44 dans les Ardennes, et espèrent l'arrivée des fameuses armes de destruction massive.

Une écriture d'une fluidité sans accroc, une histoire sans fausse note. Après tout, le personnage principal et narrateur n'est-il pas un mélomane, baryton, et antinazi de surcroît ? Julius Stein - c'est son nom -, majordome général - c'est son titre - tombera sous le charme de l'intendante du maréchal Pétain. Entre eux, une étrange complicité naîtra peu à peu.

La fin n'est pas sans rebondissements, sans révélations, sans figures de style, un style qui nous révèle un Pierre Assouline au sommet de son art. Par-delà son travail d'historien - la plupart des personnages sont bien réels -, il a su nous replonger dans cette atmosphère de fin de guerre où rien n'est jamais tout blanc, où rien n'est jamais tout noir.

 

Sigmaringen

de Pierre Assouline

Gallimard, janvier 2014

ISBN 978-2-07-013885-2

368 pages - 21,00 €

 

 

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