L'été des Lucioles

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L'enfant dit les choses ; l'adulte les contourne, les enjolive, ou les détruit. Et c'est parce que Gilles Paris veut raconter des histoires sincères, empreintes d'une sorte de magie, qu'il se place dans la peau d'un narrateur de neuf ans.

Ce narrateur, c'est Victor, qui raconte son été passé à Roquebrune-Cap-Martin, entouré de sa sœur Alicia, et de ses deux mamans, Claire et Pilar. Un été de vacances pas comme les autres. Il y a Justine, qui provoque chez lui l'emballement de son cœur, la baronne, qui a tant de choses à raconter sur sa famille, Gaspard, son ami, mais aussi les jumeaux Tom et Nathan, qui l'entraînent un peu malgré lui à la découverte de villas isolées. L'attrait de l'interdit...

Et enfin son papa qui décidément, n'a jamais accepté le monde des adultes... et qui est resté à Paris.

"J’ai deux mamans et un papa qui ne veut pas grandir. Je tourne le stylo entre mes doigts et regarde le mur comme un miroir. Avec ma main gauche, j’aplatis ma mèche blonde. Je m’applique sur mon cahier à spirale. Ce que je m’apprête à raconter est difficile à croire pour maman qui sera la première à lire mon livre. Pourtant tout est vrai. Je n’ai pas besoin d’inventer quoi que ce soit, ou même de mentir, pour expliquer ce que la baronne a appelé « la magie des lucioles ». Tout s’est passé pendant mes vacances."

Les lucioles et les papillons qui se posent sans cesse sur l'épaule de Victor apportent le côté fantasmagorique de l'œuvre. Car oui, l'enfant voit des choses extraordinaires, mais tout a un sens. Au fil de la lecture, on s'immerge dans la conscience de Victor, on s'inquiète pour lui et pour ses proches, on devine certes, mais au final, on se rend compte combien on a apprécié les valeurs qui sont rappelées dans ce roman : amour filial, familial, sentimental, amical, tout s'imbrique et forme la beauté de la Vie.

J'ai pu poser quelques questions à Gilles lors de son passage à Bruxelles...

zoom_35.jpg1. Quatre livres à ton actif, et à chaque fois un enfant de neuf ans comme narrateur. N'est-ce pas une façon de retrouver ton âme d'enfant ?

Gilles Paris : C'est surtout un plaisir de retrouver à chaque fois les mots d'un enfant. La particularité de mes romans, c'est que pendant toute l'écriture du livre, je deviens le narrateur.

Pour "L'été des lucioles", je deviens Victor. Je pense comme lui. Je réfléchis comme lui. Je vis comme lui. Après, je redeviens l'adulte que je suis et retravaille le texte. C'est très difficile d'écrire comme un enfant si on ne le devient pas. Souvent, les enfants de neuf ans ne jugent pas, ils essaient de comprendre. Plus on grandit dans la vie, et plus on a des avis tranchés, des opinions toutes faites. Et c'est dommage qu'on ne garde pas cet émerveillement, cette curiosité, ces questions qu'on se pose à l'âge de neuf ans.

2. Quatre livres publiés dans quatre maisons d'édition différentes. Quelle doit être, selon toi, la qualité principale d'un éditeur ?

G.P. : Je sais, par expérience, que j'apprécie les structures de taille moyenne. Je pense que je serais un auteur malheureux dans de grandes maisons. Le prestige de la marque ne m'attire pas et je me sentirais noyé parmi d'autres auteurs.

Je crois que la qualité qu'un auteur recherche chez son éditeur, c'est à la fois son écoute, son investissement, son approche, le temps donné et tout ce qui est fait autour d'un auteur. J'ai trouvé avec Héloïse d'Ormesson et son équipe tout entière une complicité totale. C'est vraiment une maison où je me sens heureux, un peu comme en famille.

3. La bisexualité de Claire, la mère de Victor, est-elle une sorte de pied de nez, ou de clin d'œil malicieux à l'actualité en France ?

G.P. : Je l'ai écrit avant les événements qui se sont déroulés en France et qui m'ont assez choqué d'ailleurs. Cela devenait presque ridicule. Je trouvais, en écrivant ce roman, que c'était intéressant du point de vue de l'enfant. Victor a deux mamans et il trouve cela aussi normal que le soleil dans un ciel bleu. Cela fait partie intégrante de sa vie. Ces femmes-là s'aiment, lui apportent chacune leur amour et il ne va pas chercher plus loin.

4. Chaque personnage apporte sa pierre à l'édifice. Comment construis-tu ton intrigue ?

852_4d724e79ba102_60362bdd43085017fe5ab8da9c4464e8ab1b1228.jpgG.P. : Au départ, j'avais un décor qui existe, à Roquebrune-Cap-Martin, près de Menton, un décor inouï. Quand on se promène sur le fameux chemin des douaniers, on a l'impression que le temps s'est arrêté, que l'Histoire s'est figée, qu'on se retrouve dans les années trente. Il y a un côté suranné qui m'a beaucoup inspiré.

Après, les personnages se sont immiscés à l'intérieur des pages, ont donné corps au livre.

Au départ, je fais un synopsis, mais je me rends compte que je m'en éloigne rapidement. Au fur et à mesure que je construis le roman et les personnages, j'essaie de leur donner de l'épaisseur même quand ils sont secondaires. J'aimais bien l'idée que chaque personnage soit lié par l'histoire de ce secret de famille qu'on découvre... à la fin du roman. Clin d'œil

Il s'agit en fait d'un puzzle. Chaque pièce une fois ajoutée, l'une après l'autre, finit par composer un tableau.

5. Comment te considères-tu : un écrivain qui travaille dans la communication, ou un attaché de presse qui écrit en parallèle ?

G.P. : Je dirais ni l'un ni l'autre parce que j'essaie toujours de bien séparer ces deux activités. Bien sûr, on peut faire une passerelle un peu facile mais néanmoins vraie, c'est que je comprends d'autant mieux ce qu'un auteur peut attendre du lancement de son livre. Je comprends ses joies, mais aussi ses angoisses.

 

L'été des lucioles

de Gilles Paris

éditions Héloïse d'Ormesson, janvier 2014

ISBN 978-2-35087-243-8

224 pages - 17,00 €

 

en même temps, je signale la parution au format poche du précédent roman de Gilles Paris, "Au pays des kangourous", chez J'ai lu

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