10.10.2011
L'écrivain de la famille
1. Votre livre est une succession de chapitres courts. Déformation professionnelle ? Ou la volonté de rendre la lecture plus simple, plus coulante ?
Grégoire Delacourt : La deuxième. C'est vraiment l'envie d'écrire "à l'américaine" car j'apprécie cette littérature addictive où l'on éprouve le besoin de tourner les pages. Ma volonté était d'avoir une écriture rapide, agréable, fluide, simple, transgénérationnelle. Et puis, je pense que l'époque actuelle se prête aux choses un peu plus courtes. Proust, c'était bien... avant.
2. En vous lisant, on ne peut qu'imaginer qu'il y a dans ce roman une grande part autobiographique...
G.D. : Je me suis en effet inspiré de mon parcours publicitaire qui a d'ailleurs commencé à Bruxelles. Cela m'a permis de citer des marques, des slogans. En fait, tout le roman est un maelström de vrai et de faux. Ce qui est important, ce sont les liens entre les gens et les choses.
3. Est-ce un moyen de dénoncer cette obsession qu'ont la plupart des parents, de vouloir tracer un destin glorieux pour leur progéniture, et ce de plus en plus tôt ? Que ce soit dans le domaine artistique, sportif, ou autre ?
G.D. : Complètement. Je pense que les parents, ils ont la lâcheté - enfin, certains - d'exiger de leurs enfants de réussir là où ils n'ont pas réussi. Ou c'est social - il gagnera de l'argent et sera riche -, ou il fera ce que le parent décide - il sera joueur de tennis, de football, musicien,... -. Il y a une sorte de dictature de l'amour des parents à faire que les enfants ressemblent à ce qu'on voudrait qu'ils soient mais au fond qu'on aurait voulu être soi-même.
Il n'est d'ailleurs pas rare de voir des parents de tennismen jouer eux-mêmes au tennis. Dans le milieu du sport en général, c'est fréquent. Et après tout, le choix des enfants se résume à soit je ferme ma gueule et je fais ce qu'on me dit quitte à souffrir, déprimer, etc., soit je me rebelle et je vérifie si ce qu'ils rêvent pour moi est bien ce qui me correspond. C'est là le conflit, le dilemme que vit le personnage principal du roman.
4. Quand on parle d'un romancier publicitaire, on songe immédiatement à Frédéric Beigbeder. Le connaissez-vous personnellement ? Vous sentez-vous proche de lui ou très éloigné dans votre approche de la littérature ?
G.D. : Je pense que je me sens plus proche du Beigbeder de son avant-dernier livre "Un roman français" où il est plus impudique, plus touchant. Moins en tant qu'écrivain de thèmes provocateurs plus liés à son personnage. Frédéric est plus le reflet de la pub à l'époque plus flamboyante. Les filles, les fêtes, et tout ça... Il était dans le show-biz de la pub et moi, dans l'arrière-cour. Cela dit, c'est un très bel écrivain. Il a un potentiel inouï.
L'écrivain de la famille
de Grégoire Delacourt
JC Lattès, janvier 2011
ISBN 978-2-7096-3547-9
272 pages - 17,00 €
09:14 Écrit par Marc Varence dans romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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