Juste un regard

thumb-cover-jur.jpgL'hiver nous déroule son tapis blanc. Pour certains, l'arrivée des flocons annonce le temps des cadeaux, des repas en famille, des batailles de boules de neige dans le jardin, ou, pour les plus nantis, des vacances dans les Alpes, skis aux pieds. Pour d'autres, celles et ceux qui n'ont rien, la froidure se conjugue autrement. Le négatif, pour les sans-abri, c'est la mort qui guette, plus présente de décembre à février. C'est le besoin en nourriture, plus vivace car il faut combattre le froid et le corps réclame plus de nourriture. C'est aussi l'obscurité qui tombe plus tôt, moments d'insécurité prolongés, moments de solitude aussi. Le positif, c'est qu'avec l'hiver, les gens s'intéressent davantage à leur sort et la générosité s'en ressent.

Isabelle Bary et Claire Wolvesperges sont deux femmes qui ont tout, et qui vivent dans le Brabant wallon, province privilégiée. Et Tout par rapport à Rien, le fossé est énorme. Elles sont jeunes, elles sont belles, elles ont un coeur gros comme ça et voudraient accomplir quelque chose d'utile, quelque chose de bien. L'une est écrivaine, l'autre est photographe. Deux passions qui se marient à merveille.

Ce livre m'a subjugué. Isabelle Bary retranscrit ses émotions, et cela sonne juste. Elle emploie les mots appropriés. On ressent qu'elle a conscience de ce qu'elle est, une jeune femme qui a grandi sous haute protection, à l'abri de la poisse qui colle aux baskets de ces gens.

thumb-roumain-jur.jpgLa poisse, sans frontières sociales, englue sa victime dans un renoncement progressif sans retour en arrière possible. Je repense à ce beau film où Gérard Jugnot incarne un cadre qui se terre derrière des faux-semblants pour amortir sa chute, pourtant inéluctable.

Les deux co-auteures ont décidé de céder leurs droits à "Jamais sans Toit", une association qui accueille les plus démunis pour leur offrir le sentiment de continuer à vivre dans cette société dont ils se sentent exclus. Beau geste.

"Ils sont comme un caillou dans une chaussure à lacets. La paresse nous empêche de considérer le problème avec sérieux, on n'a pas le temps de s'ennuyer avec ça. De toute façon, ils n'ont qu'à travailler. S'ils sont là, c'est qu'ils le veulent bien. Affaire classée. Et la gêne finit par se dissiper, on s'habitue. Le caillou reste. L'âme s'en arrange."

Tout comme Isabelle et Caroline, vous aussi, débarrassez-vous de ce caillou, achetez ce bel ouvrage, et offrez à ces miséreux, aux âmes bien plus riches que beaucoup d'entre nous, les privilégiés, juste un regard ou mieux, une poignée de main.

 

Juste un regard

d'Isabelle Bary et Caroline Wolvesperges

éditions Avant-propos, novembre 2010

ISBN 978-2-930627-00-7

94 pages - 25,00 €

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