15.09.2009
ENCLAVE !!!

"Ils sont partis ce matin.
Dans un silence inhabituel, les hommes se sont alignés. Tous étaient là. Même Friedmark le responsable de l'infirmerie était debout, ses bottes dans la neige. Une curieuse lune pas tout à fait ronde éclairait le terre-plein. Les silhouettes était auréolées de froid. Les ordres passaient d'une section à l'autre, murmurés. Krebs se tenait droit, comme à son habitude, mais il semblait plus petit que d'habitude. Ses yeux brillaient d'un éclat moins bleu. Krebs chuchotait à l'oreille de ses gradés, les consignes circulaient aussitôt. Le crissement du cuir dans le givre, les pas assourdis par la glace sur les planches, le cliquetis des ceintures sous le bois des crosses, toute cette agitation muette semblait irréelle.
Dankso m'avait réveillé. Il fallait que je voie. Je devais.
Absolument.
L'instant était trop important. Dans le même mouvement, il avait prévenu ceux allongés sur les paillasses près des fenêtres. Très peu dormaient vraiment. Ici, personne n'a jamais dormi vraiment. Pepa m'a pris par la taille pour me hisser à la hauteur du premier carreau. Pour lui aussi, il était inconcevable que je puisse rater ce moment. A ma grande surprise, ils n'étaient pas plus nombreux que les quarante sombres pantins figés au garde-à-vous devant le gibet."
Le camp de Medved se situe quelque part en Slovaquie, dans la montagne, un coin perdu au milieu de nulle part. Déserté subitement par les Allemands, les prisonniers se retrouvent seuls face à eux-mêmes. Libres. Nous sommes en janvier 1945. Libres ? Oui, mais coupés du monde.
Ce roman extraordinaire m'a captivé, et ce dès la première ligne - ci-dessus, je retranscris d'ailleurs le début du livre... j'espère que l'auteur ne m'en voudra pas -.
Ce serait une injustice profonde si, cet automne, "Enclave" ne décrochait pas l'un ou l'autre grand prix littéraire, tant son écriture est dense, son rythme parfait, et son histoire tout simplement passionnante. Il s'agit sans aucun doute d'un des meilleurs romans qui me soit passé entre les mains. Raconté par Matthias, 13 ans, surnommé Eide, le petit lézard, la narration vous prend aux tripes et ne vous lache plus, où que vous soyez.
Par pur plaisir, c'est sûr, un jour, je le relirai.
Enclave
de Philippe Carrese
Plon, 2009
ISBN 978-2-259-20975-5
322 pages - 20,00 €
09:09 Écrit par Marc Varence dans romans | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
Facebook |


























































Écrire un commentaire